En réponse à l’article « Avez-vous pensé à payer l’artiste? »

27 mai 2015 à 18 h 07 min  •  Publié dans Images et idées, Opinions par

Voici la réponse de M. Jean Lauzon, directeur du Musée populaire de la photographie, à l’article Avez-vous pensé à payer l’artiste? de Mme Catherine Rondeau publié sur notre site cette semaine.

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Le Musée populaire de la photographie est situé dans le centre-ville de Drummondville.

Que l’on s’insurge pour de bonnes raisons peut aller, mais qu’on le fasse à travers un tissu d’inexactitudes, ça va un peu moins bien.

Catherine Rondeau affirme dans un texte publié sur le Web que nous lui avons offert d’exposer au Musée alors que c’est elle qui nous a fait parvenir son dossier en nous sollicitant pour exposer chez nous. Nous avons accepté son offre et avons même signé un contrat avec elle en renégociant certaines clauses pour favoriser certaines de ses attentes. Après avoir accepté, et renégocié certains points, elle s’est désistée pratiquement à la dernière minute.

Elle s’en prend aux institutions qui n’ont pas les moyens de payer automatiquement des redevances aux artistes qui exposent. Elle se trompe de cible. Sait-elle qu’il existe des lieux d’exposition qui, par exemple, demandent aux exposants de payer pour exposer? La Société des musées québécois nous permet de négocier cas par cas les redevances éventuelles et en ce qui concerne le Musée, pour certains cas exceptionnels, pour des artistes exceptionnels, ce qui n’est pas le cas de Mme Rondeau, nous nous sommes entendus pour verser un cachet minimum.

D’autre part, nous ne refusons pas de payer (quel mépris!), nous n’en avons pas les moyens et c’est ici que la cible devrait être mieux choisie et que les projectiles de Mme Rondeau devraient être dirigés vers les instances subventionnaires et non pas vers des institutions qui peinent à survivre. Quel mépris pour nos « concierges » par ailleurs (c’est souvent moi le concierge chère Madame…).

Oui, vous avez raison, certains choses vous échappent et ce qui dépasse l’entendement réside manifestement ailleurs que là où vous le situez. Nous éviterons toutefois d’en faire un cas d’insurrection.

Jean Lauzon Ph.D., directeur -mpp

7 Commentaires

  1. Valérie / 5 juin 2015 at 14 h 14 min /

    M. Lauzon nous a demandé de retirer ses deux commentaires les plus récents pour les remplacer par ce « commentaire définitif du Musée pour ce débat précis ».

    Le Musée Populaire de la Photographie et Catherine Rondeau
    Ce débat a pris des allures imprévues qui se prolongent indûment. Il est sans doute pertinent de penser que ma réponse personnelle au questionnement de Catherine Rondeau sur les redevances aux artistes ait pu offusquer au passage; le cas échéant, comme directeur de musée, je veux bien m’en excuser. J’ai sans doute mal compris que le cri du cœur qu’elle lançait pouvait manquer de certaines nuances et qu’il était tout aussi normal qu’elle puisse manquer d’informations. J’aurai réagi avec une impétuosité décidément déplacée en l’occurrence.

    Cela étant, le Musée partage les revendications essentielles de Mme Rondeau et il ne se passe pas une semaine sans que notre travail ne soit orienté vers un meilleur financement, une meilleure reconnaissance et un plus grand professionnalisme.

    Rappelons que des photographes comme Yves Beaulieu, Jean-François Bérubé, René Bolduc, André Boucher, Cynthia Copper, Antoine Desilets, Gilbert Duclos, André Dubois, Guy Glorieux, Jean Grothé, Caroline Hayeur, Guy Lafontaine, Jean-François Leblanc, Roland Lorente, Martine Michaud, Jean Rey, Denis Roussel, Gabor Szilasi, Carl Valiquet, George S Zimbel et plusieurs autres ont exposé au musée de la photo drummondvillois et que dans tous les cas, nous nous sommes bien entendus. Nous avions accepté la proposition de Mme Rondeau d’exposer son travail photographique, à des conditions sur lesquelles nous nous étions clairement entendus. Malheureusement, le projet n’a pas eu la suite escomptée. Peut-être pourrons-nous nous reprendre un jour.

    Ceci, en terminant, d’un bon ami et professionnel de ces questions, Michel Lessard :
    « Le MPP accueille des artistes de toutes catégories en art et création photographique, nos meilleurs photographes ont connu ses cimaises. Chaque exposition est un cas particulier. » […] « Mettre en cause le Musée populaire de la photographie de Drummondville et son directeur dans un cas mal documenté est inacceptable. Et s’il est un professionnel sensible au respect du droit des artistes, c’est bien le directeur de MPP qui sollicite grandement l’entreprise privée locale pour entretenir sa passion et son utilité. »

    Jean Lauzon Ph.D., directeur mpp

  2. Catherine Rondeau / 2 juin 2015 at 15 h 51 min /

    LA RÉFLEXION SUR LES DROITS D’EXPOSITION SE POURSUIT

    Ma réflexion sur les droits d’exposition continue à circuler dans les réseaux sociaux et à divers endroits sur le Web, suscitant beaucoup d’intérêt.

    Mon billet initial a aussi été publié sur le site du Soleil de vendredi dernier (29 mai).

    Une version plus détaillée de mon texte apparait depuis hier sur le site et la page Facebook du Huffington Post Québec.

    Une entrevue donnée pour la section Débats/Votre Opinion de La Presse.ca sera en ligne prochainement.

    Le RAAV profite de ce que mes interventions suscitent comme réflexion pour faire le point (sur sa page Facebook), sur les lois censées protéger les artistes et les efforts déployés par l’association pour une juste rémunération des artistes.

    Un appui fort des artistes aiderait le RAAV dans ses démarches pour faire changer la loi québécoise afin de pouvoir négocier avec les diffuseurs des tarifs de redevances et d’honoraires obligatoires. Le jour où le paiement des artistes deviendra inévitable, les diffuseurs seront mieux armés pour réclamer un meilleur financement.

    *****

    Aussi je vous tends la main, M. Lauzon. Mettons de côté notre désaccord, somme toute futile, sur la manière dont les choses se sont passées entre nous. Car comme vous le dites vous-même, nous défendons la même cause.

  3. Luc Archambault / 1 juin 2015 at 18 h 15 min /

    « Pauvre susceptibilité » écrit Jean Lauzon… en effet…

    Catherine Rondeau n’a pas « attaqué » les diffuseurs… elle a nommé des diffuseurs qui ne rétribuent pas les artistes, du moins pas universellement et pas convenablement. Est-ce faux ? Certainement pas ! Catherine Rondeau a-t-elle affirmé que les Musées en soi étaient le problème ? Certainement pas…

    Or, en voyant nommé, parmi d’autres, le MPP, Jean Lauzon a pris le mors aux dents et est tombé à bras raccourci sur Catherine Rondeau en invoquant n’importe quoi et son contraire pour la disqualifier… sous prétexte qu’elle ne s’attaquait pas aux bonnes personnes ; qu’elle avait « presque » signé un contrat acceptant de ne pas être rétribué ; qu’elle avait « sollicité » le privilège d’exposer », comme si elle avait affirmé que problème c’était le musée « en soi »… ce qui n’a jamais été le cas.

    Or, si les diffuseurs ne parviennent à survivre que difficilement, dans l’indigence – ce pourquoi ils refilent la facture aux artistes – ce n’est pas une raison pour s’attaquer aux artistes qui refusent d’accepter de prendre et de payer la facture… Au contraire, c’est une occasion de s’adresser à l’opinion publique, aux gens d’affaires, aux gouvernements municipaux, régionaux et national, pour changer les choses.

    Photo solution magazine ne doit pas supprimer cet échange comme le demande Jean Lauzon ; il est parlant…

    M. Lauzon doit rectifier le tir et présenter ses excuses à Catherine Rondeau.

    Tous deux doivent désormais se servir de cette occasion pour travailler ensemble afin de faire pression sur l’opinion publique, les gouvernements et les gens d’affaires, pour sortir les arts et métiers d’arts visuels du Québec du sous-développement chronique typique du ¼ monde dans lequel ils sont confinés depuis toujours. Pour changer les choses… pour qu’il ne soit pas dit que tout va très bien Madame La Marquise alors que les artistes ne sont pas rétribué,es et que les Musées et diffuseurs ne survivent que difficilement.

  4. Catherine Rondeau / 30 mai 2015 at 9 h 56 min /

    Pourquoi être si pressé, monsieur Lauzon, de tout enlever?

    Que vous ayez supprimé la discussion qui se déroulait sur la page du Musée, je comprends. Certains de vos propos ne faisaient pas très sérieux pour un directeur de musée…

    Mais l’essentiel, comme vous le soulignez monsieur Landry, c’est d’espérer que ce débat puisse interpeler des gens qui ont le pouvoir de changer les choses. Des personnes haut placées, certes, mais aussi les artistes eux-mêmes qui pourraient jouer un rôle décisif en se montrant solidaires. L’Histoire a démontré que le vent de changement monte souvent de la base.

    Chose certaine, discuter sur la place publique de l’importance de soutenir les arts, la culture, et donc les artistes, ne peut être que positif! À condition de le faire dans le respect…

  5. Luc Archambault / 30 mai 2015 at 3 h 01 min /

    Madame Rondeau, félicitations pour votre contribution au développement des arts et métiers d’arts visuels du Québec. La réplique de M. Jean Lauzon Ph.D., directeur | mpp est indigne de sa charge et, comme vous l’avez noté, paradoxalement très méprisante, suffisante, inconséquente et… irresponsable.

    Vous avez parfaitement raison et il a parfaitement tort, les diffuseurs sont RESPONSABLES, IMPUTABLES de ce qu’ils font ou ne font pas. Il est parfaitement justifié de s’en prendre à eux en ce qui concerne la rétribution des artistes qui exposent en leurs lieux, ce que vous n’avez pas même fait. Vous avez plutôt dénoncé un système.

    Les considérables dépenses subventionnées que ce type d’institutions muséales nécessite pour l’édifice, ses frais d’achat, de construction ou d’immobilisation, son mobilier d’exposition, son entretien, sa masse salariale et les bénéfices marginaux afférents ( fonds de retraite à l’avenant ) aux fins de rétribuer le personnel utile et les hauts salaires des technocrates de l’art qui les administrent, animent et qui les subventionnent, ne sont justifiables que parce que des expositions sont tenues en ses lieux, aux frais des artistes vivants.

    Jean Lauzon Ph.D., directeur | mpp est parfaitement au courant de la situation, et c’est à lui à prendre la responsabilité qui en découle ; c’est à lui à assumer l’odieux de la situation ; c’est à lui à faire ce qu’il faut pour faire pression sur les pourvoyeurs de fonds, jusqu’à refuser même de continuer à administrer, gérer et animer un tel cirque, pour faire pression… à défaut, il est parfaitement complice. La moindre des choses en ce cas, est d’accueillir votre fertile et saine contribution, non sans s’engager à faire tout ce qui est en son pouvoir pour que les choses changent, et durablement.

    En lieu et place, il invente de toutes pièces absentes une attaque en règle contre son institution, alors que vous dénoncez un système, une pratique, non pas des personnes, ni des Institutions en tant que telle, non sans qu’il invoque de manière absurde sa soi-disant totale irresponsabilité. Ce plaidoyer est non seulement parfaitement irrecevable, mais typique du conflit d’intérêts. C’est gênant.

    Pour continuer à être payé pour organiser des expositions, il a intérêt à ce que ses bailleurs de fonds continuent à profiter d’un système qui n’a cours que grâce à l’exploitation des artistes et qu’au fait qu’ils acceptent en silence cette exploitation. Il répugne à demander davantage parce qu’il peine déjà à obtenir ce qui lui permet de conserver son emploi. Mais c’est là un mauvais calcul de sa part et parfaitement intéressé.

    Vous posez le problème d’une manière parfaitement congruente. Les coûts considérables soi-disant incompressibles liés à l’existence des Musées, n’ont de sens que si et seulement si des expositions y sont tenues, y compris pour présenter les oeuvres des artistes vivants. Ici, dans la seule mesure où les artistes acceptent sans mot dire de justifier ces dépenses ( investissements, immobilisations, coûts d’entretiens, salaires, etc. ) en exposant sans rétributions conséquentes leurs oeuvres.

    Autrement dit, sans cette exploitation malsaine, abusive, contre-productive des artistes, il ne serait pas possible pour ces Musées de présenter des expositions d’artistes vivants dans leurs lieux dédiés, ce qui fait en sorte que les dépenses reliées à l’existence des Musées sont parfaitement inutiles dès lors que les artistes refusent de vivre perpétuellement dans ce système d’abus qui ne leur permet pas de vivre du produit de la vente de leurs oeuvres. Il faut donc fermer les Musées, licencier son personnel et vendre l’immeuble pour en faire des condos… puisque sans cette exploitation aucune exposition ne peut y être présentée.

    Le montant considérable ainsi épargné aux contribuables pourrait être attribué aux artistes… Ils en feraient pour sûr meilleur usage. Y compris financer la présentation de leurs oeuvres dans des lieux publics en partenariat avec des propriétaires immobiliers heureux d’animer leurs murs… gratuitement… Au moins, en ce cas, l’argent des contribuables cesse d’être dépensé pour financer les technocrates de l’art et des éléphants blancs qui tiennent, d’après ce que nous livre M. Lauzon, à continuer à vivre de l’exploitation du travail des artistes, et qui ne trouve rien d’autre d’utile à faire que de blâmer les artistes qui osent dénoncer cet esclavagisme débilitant.

    Tous les intervenants en cause sont RESPONSABLES, IMPUTABLES de leurs actes. S’en prendre aux pourvoyeurs de fonds ne sert à rien s’ils suivent l’exemple pitoyable de M. Lauzon. Ils ne feront, comme lui, que s’en laver les mains en imputant la faute aux diffuseurs qui prévoient continuer à obtenir des fonds pour fonctionner sans rétribuer les artistes.

    En première ligne, il est vrai, c’est là que le bât blesse. Mais ce n’est pas une raison pour se dédouaner, d’autant plus quand c’est de manière aussi cavalière et irresponsable.

    Bon courage.

    Voilà 40 ans que je dis la même chose… sans succès… les technocrates de l’art ont trop à perdre… à commencer par le salaire qui leur procure les aliments… en exploitant le travail des artistes québécois sans se s’occuper de développer un marché de l’art conséquent ( normal, ils n’y connaissent rien ! ).

    Pathétique !

    Luc Archambault, artiste et citoyen

  6. Catherine Rondeau / 28 mai 2015 at 23 h 02 min /

    Monsieur Lauzon,

    Je me désole que votre réponse à mon billet se répand en attaques personnelles, détournant ainsi l’attention du débat qui compte, soit l’importance de soutenir les arts et les artistes. Mais au vu de vos propos, j’estime nécessaire de rectifier plusieurs points.

    Oui, je vous ai soumis mon dossier d’artiste, une pratique on ne peut plus courante lorsqu’on veut exposer. Cela ne change rien au fait que vous m’avez, de fait, ensuite proposé une exposition. La question de savoir qui a contacté qui en premier est dérisoire.

    Si j’avais su, dès le départ, que le Musée populaire de la photographie ne verse pas de redevances de droits d’exposition à la vaste majorité des artistes qui y exposent, je n’aurais jamais envoyé mon dossier. À l’époque, j’ignorais que c’est une pratique malheureusement trop fréquente. Je croyais alors, comme sans doute encore beaucoup des gens, que tous les diffuseurs respectables payent les artistes qu’ils présentent.

    Lorsque vous m’avez appris que vous aviez retenu mon travail pour exposer en novembre et décembre 2015 – en dépit du fait que vous ne semblez pas aujourd’hui avoir beaucoup d’estime pour mon travail –, j’avais peine à contenir ma joie. Après tout, j’allais être exposée dans un MUSÉE! Quel artiste de la relève n’en rêverait pas? Lorsque vous m’avez appris que vous ne versiez aucune redevance de droits d’exposition, j’ai vite déchanté. J’aurais dû refuser sur le champ. Mais confrontée pour la première fois à cette situation, j’avais besoin de temps pour réfléchir. Était-ce raisonnable de refuser une offre d’exposition, de refuser une telle visibilité? Comme vous disiez ne pas être pressé de régler la question du contrat – l’exposition devait avoir lieu un peu moins de deux ans plus tard –, j’avais le temps d’y penser.

    Les mois ont passé. Lorsque vous m’avez finalement soumis un contrat, c’est encore avec stupéfaction que j’ai pris connaissance des conditions que vous me proposiez : le Musée assumait les coûts du vernissage et mes frais de déplacement au vernissage, mais les frais de transport des œuvres étaient entièrement à ma charge (100 km séparent Drummondville de Montréal) et le Musée retenait 40 % sur la vente de mes œuvres, le cas échéant. Après négociation, vous avez accepté de modifier certaines clauses : annuler le vernissage (pour lequel vous ne pensiez pas pouvoir réunir suffisamment de gens), défrayer le coût de l’essence pour le transport des œuvres dans ma propre voiture, et baisser de 20 % la commission en cas de vente.

    À ce stade, j’aurais été prête à signer, me disant que valait mieux exposer gratuitement que de garder mes œuvres dans des boîtes à la maison. Mais encore plusieurs mois ont passé avant que vous ne m’envoyiez le nouveau contrat. Quand je l’ai reçu, au cours de l’hiver dernier, un déclic s’est fait en moi : accepter d’exposer mon travail gratuitement, c’est non seulement le dévaloriser, mais c’est aussi participer à mon propre asservissement en tant qu’artiste. Je n’ai donc JAMAIS signé de contrat avec le Musée. Et je vous ai avisé que je ne le ferais pas dans les jours qui ont suivi ma réception dudit contrat, vous laissant amplement de temps pour vous ajuster.

    Par ailleurs, sachez que si j’ai choisi de nommer les diffuseurs qui ont offert d’exposer mon travail sans me verser de redevances, ce n’était pas dans un but d’attaquer ou de mépriser. J’estimais nécessaire de les citer pour donner plus de poids à mon billet. Mais je vous l’accorde, Monsieur Lauzon, j’aurais pu être plus nuancée quant à la complexité des défis auxquels font face les centres d’exposition, qui relèvent souvent des administrations municipales. De ce fait, ils doivent composer avec des élus qui ne comprennent pas pourquoi il est si important d’investir dans la culture, et encore moins pourquoi il est vital de payer des redevances aux artistes à qui on donne une vitrine.

    À la lumière de belles discussions que j’ai eues cette semaine avec divers diffuseurs et agents culturels, tant à Montréal qu’en région, qui eux louent ma démarche pour ce qu’elle a de constructif – soit de sensibiliser le monde des arts au fait qu’il faut cesser de tabler sur la visibilité en guise de paiement –, je continue à penser qu’il incombe aux diffuseurs, en premier lieu, de faire du versement des redevances une priorité. Ils sont les mieux placés pour faire valoir, auprès des instances dirigeantes, l’importance de s’occuper de la matière première de la culture : les artistes. Sur ce plan, même s’il y a des gens de vision qui font un boulot extraordinaire un peu partout au Québec (je pense notamment aux personnes derrière le réseau des Maisons de la culture de Montréal, aux centres culturels affiliés à l’ACEAT en Abitibi-Témiscamingue, et au Centre d’art de Kamouraska, pour ne nommer que ceux-là), il y a clairement encore du chemin à faire, surtout en ce qui a trait aux tarifs minimums suggérés par RAAV-CARFAC.

    Un élément qui favorise énormément la situation actuelle, c’est que les diffuseurs travaillent dans un contexte où la loi permet l’exploitation des artistes. Car la Loi sur le droit d’auteur stipule que, dès lors qu’une exposition est organisée à des fins de vente, le diffuseur n’est pas obligé de verser des redevances. Ainsi, c’est sous couvert de « fins de vente » que sont organisées des expositions dans des centres culturels municipaux, comme au Musée populaire de la photographie de Drummondville d’ailleurs, ce que le public ignore généralement et qui va totalement à l’encontre d’une optique où l’art est considéré comme un service de base. C’est donc légal de ne pas rémunérer les artistes lorsque la vente d’œuvres est permise. C’est même légal de les faire payer pour exposer lorsqu’il y a « fins de vente ». Mais comme l’écrivait le RAAV en appui à mon texte : « ce qui est légal est-il MORAL ? » Et est-ce cette notion marchande de la culture que l’on veut perpétuer dans nos lieux de diffusion publics?

    Vous avez raison de préciser que les diffuseurs ne sont pas les seuls en cause; c’est tout un système, à la fois idéologique, politique et juridique, qui permet à cette problématique de perdurer. Mais plutôt que de vous en prendre à moi, Monsieur Lauzon, qui malgré certaines maladresses, je l’admets, tente de défendre les intérêts des artistes, pourquoi ne pas mettre votre énergie au service des photographes que vous choisissez d’exposer dans votre musée?
    Au final, répondre à votre critique m’aura permis de clarifier ma pensée et de faire avancer le débat. Voilà donc qui est positif!

    Quant à l’allusion au travail des concierges dans mon texte, et j’ose espérer encore une fois que les lecteurs l’auront compris, c’était une image, un symbole – une façon d’illustrer l’existence d’une réelle économie de la diffusion culturelle qui crée des emplois mais où l’artiste passe trop souvent en dernier. Si j’ai offensé des personnes qui travaillent en entretien ménager, sachez que ce n’était pas mon intention et que j’en suis sincèrement désolée.

  7. Jean-François Landry / 28 mai 2015 at 21 h 22 min /

    Je lis un, je parcoure l’autre, je relis le premier, je me replonge dans la réponse et, tristement, j’ai l’impression que les mots de dame Rondeau se sont butés au mur… qu’elle tentait de dénoncer. « Rien n’est jamais de la faute de personne, le système est comme ça, on ne peut rien y changer… » Mais si, en écrivant ce cri du cœur, quelqu’un de haut placé, de ceux qui dirigent, qui organisent, qui décident, si l’un de ceux-là était touché par les mots, l’intention, l’émotion qui ont poussé à écrire (de l’un ou de l’autre), alors, cette réponse méritait d’exister, aussi froide soit-elle.

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