Avez-vous pensé à payer l’artiste?

Collaboration spéciale de Catherine Rondeau
26 mai 2015 à 8 h 21 min  •  Publié dans Contenu extra, Images et idées, Sur le web par

La photographe montréalaise Catherine Rondeau a récemment publié cet article sur son blogue à propos de la question des redevances de droits d’exposition. Nous le republions ici avec son autorisation puisque ce sujet touche certainement une partie d’entre vous. N’hésitez pas à contribuer à la discussion avec vos commentaires!

© Catherine Rondeau

© Catherine Rondeau

J’écris ce texte comme on lance une bouteille à la mer…

J’écris pour dénoncer une réalité que vivent trop d’artistes au Québec.

Si j’ai eu beaucoup de chance depuis mon retour à la pratique artistique en 2010, avec notamment la publication d’un livre et l’obtention de plusieurs expositions solo, je me frotte depuis quelque temps à une pratique malheureusement courante dans le milieu artistique professionnel : le non-paiement de redevances de droits d’exposition. Autrement dit, bien souvent, les artistes ne reçoivent pas un sou lorsqu’ils exposent leurs œuvres.

Depuis l’automne dernier, j’ai refusé quatre offres d’exposition pour l’année 2016 de la part de diffuseurs qui n’accordent pas de redevances aux artistes : le Musée populaire de la photographie de Drummondville, le Centre culturel Stewart Hall de Pointe-Claire, la salle d’exposition de l’Entrepôt de Lachine et, pas plus tard qu’hier, l’Espace Mur-Mur des Arts de la bibliothèque Georgette-Lepage de Brossard. Il s’agit de lieux de culture respectables qui pigent dans les projets déposés sur le réseau Accès Culture Montréal ou qui exigent le dépôt de dossiers d’artistes touffus (présentation de projet, texte de démarche artistique, cv, visuel, etc.). Nous ne parlons donc pas d’exposer au café du coin ou sur les murs du Commensal.

Au Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV), on me dit que c’est une pratique courante et que la plupart des artistes acceptent quand même d’exposer sans recevoir de redevances, sans quoi ils n’exposeraient pas.

Il y a peut-être des éléments qui m’échappent, mais j’estime qu’un diffuseur culturel qui est en mesure de payer des employés pour organiser des expositions devrait aussi s’organiser pour accorder des redevances minimales aux artistes. A-t-on idée d’aller chez le dentiste ou le coiffeur, ou encore de faire appel aux services d’un plombier ou d’un électricien, sans payer d’honoraires à ces professionnels? Alors pourquoi demander aux artistes professionnels de travailler gratuitement?

Les diffuseurs me rétorquent que les artistes peuvent vendre leurs œuvres lors des expositions. Belle affaire! Car même si le travail artistique est très apprécié des visiteurs, rares sont ceux qui peuvent se permettent d’acquérir une œuvre. J’ai reçu une vingtaine de messages de personnes intéressées à m’acheter des images au cours de la dernière année, mais aucune vente n’a été conclue. C’est compréhensible; la plupart des gens qui visitent les maisons de la culture et les centre d’exposition n’ont pas les moyens d’acheter des impressions photographiques haut de gamme offertes en tirages limités. Mais en tant qu’artiste professionnelle, je me tirerais une balle dans le pied si je ne vendais pas assez cher, je perdrais toute respectabilité vis-à-vis de mes pairs. C’est pourquoi le paiement des redevances est justement si important.

Si on considère que la plupart des expositions restent en salle environ 6 semaines, et en tenant compte du temps de battement entre les expos, cela donne une moyenne de 6 expositions par année pour un lieu de diffusion. En accordant des redevances minimales de 1 000 $ par artiste, cela représente un budget annuel d’environ 6 000 $. Qu’un lieu de diffusion de la culture ne puisse pas débloquer 6 000 $ par année pour payer les artistes professionnels qu’il trie sur le volet, cela dépasse l’entendement. Même le concierge qui nettoie les planchers des salles d’exposition reçoit un salaire, lui!

Les diffuseurs qui refusent de verser des redevances se moquent bien de mes convictions, ils ont une longue liste d’artistes prêts à tout pour exposer. Pour ma part, j’estime que c’est une forme d’abus.

Un journaliste culturel réputé avec qui j’ai communiqué ce matin me demandait : « Qui pourrait faire changer cette pratique? Le ministère? Une loi? Qui? »

Je n’ai pas de réponse à ces questions. Mais il me semble que pour espérer changer les choses, il faut commencer par les dénoncer. C’est pourquoi je m’insurge!

Et vous, qu’en pensez-vous?

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2 Commentaires

  1. Jacques Breton / 1 juin 2015 at 19 h 20 min /

    Cette intervention a le mérite d’identifier un problème vécu à plusieurs niveaux. Qu’il s’agisse d’exposition, de participation à une revue ou un journal local, le sort des photographies est souvent le même. L’argument mainte fois répété s’articule sur les modalités du «nous n’avons malheureusement (sic) pas de budget mais ça vous permettra de vous faire connaître …» Et de fois en fois les producteurs de cet argument réussissent à trouver leur salaire, parfois à même des subventions dont les photographes ne toucheront souvent pas un sous.
    La position défendue ici devrait être entérinée par nous tous !
    JB

  2. Catherine Rondeau / 27 mai 2015 at 22 h 56 min /

    Toute création humaine ou tout progrès dans quelque domaine que ce soit, doivent d’abord être rêvés avant de voir le jour. Je vous invite donc à rêver avec moi à un avenir proche où les artistes seront rémunérés correctement lorsqu’ils exposent leur travail.

    Pour manifester votre soutien, en plus de commenter ici, le mieux c’est de vous rendre sur ma page d’artiste (Catherine Rondeau Photographie) ou encore sur la page Facebook Le Regroupement des artistes en arts visuels (RAAV) pour aimer et surtout PARTAGER.

    Si vous devenez assez nombreux, je m’engage à lancer une action plus concrète pour essayer de faire bouger les choses. Merci!

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