Finbarr O’Reilly remporte le prix Carmignac du photojournalisme

© Finbarr O’Reilly / pour la Fondation Carmignac

Le 11e Prix Carmignac du photojournalisme, consacré à la République démocratique du Congo (RDC), a été attribué à Finbarr O’Reilly, un photographe canado-britannique basé en Irlande. (Des extraits de son travail et quelques-unes de ses réflexions ont été publiés dans notre édition de juin/juillet 2018.)

Le reportage associé à ce prix a débuté en janvier, avant que la pandémie ne bouleverse nos vies et nos modes de fonctionnement. En raison de l’aggravation de la situation sanitaire internationale et de la fermeture progressive des frontières, Finbarr O’Reilly et l’équipe du Prix — en lien étroit avec les membres du jury et du pré-jury de la 11ème édition — ont repensé et adapté le Prix et le reportage à la crise que nous traversons

Lancé à la fin du mois dernier, Congo in Conversation (Congo en conversation) de Finbarr O’Reilly est un reportage collaboratif en ligne, réalisé avec la coopération étroite de journalistes et photographes congolais (ou basés en RDC) travaillant dans le respect de l’éthique et des standards journalistiques professionnels.

Basé sur un site web créé pour l’occasion et relayé sur les réseaux sociaux, « Congo in Conversation » est un flux ininterrompu et inédit d’écrits, de reportages photos et de vidéos. Mis régulièrement à jour, il documente les défis humains, sociaux et écologiques que le Congo affronte aujourd’hui, outre une crise sanitaire sans précédent.

« La 11e édition du Prix Carmignac du photojournalisme se propose d’explorer avec un optimisme prudent l’avenir de la République démocratique du Congo, en documentant les dures réalités et les défis qui freinent l’essor d’un pays exploité depuis des générations. Avec la pandémie de coronavirus, le projet se focalise sur la manière dont les Congolais affrontent la pire crise sanitaire mondiale alors que le pays émerge à peine d’une épidémie dévastatrice d’Ebola et de la pire flambée de rougeole au monde.

Le lauréat de cette année, Finbarr O’Reilly, ne pouvant actuellement pas se rendre au Congo en raison de la fermeture des frontières, travaille avec la Fondation Carmignac à la production d’un reportage collaboratif en coopération étroite avec des journalistes et photographes congolais basés dans diverses villes du Congo. »

Congo en conversation

© Finbarr O’Reilly / pour la Fondation Carmignac

La 11e édition du Prix Carmignac du photojournalisme se propose d’explorer avec un optimisme prudent l’avenir de la République démocratique du Congo, en documentant les dures réalités qui freinent l’essor d’un pays exploité depuis des générations. Avec la pandémie de coronavirus, le projet se focalise sur la manière dont les Congolais affrontent cette crise sanitaire mondiale alors que le pays émerge à peine d’une épidémie dévastatrice d’Ebola et de la pire flambée de rougeole au monde. Les hôpitaux américains et les villages italiens constituent aujourd’hui la ligne de front de la pandémie mondiale, mais les épidémiologistes et autres experts en santé publique prévoient que le coronavirus va se propager dangereusement au sud et submerger des nations en développement, déjà accablées par des systèmes de santé défaillants, des gouvernements fragiles et des populations appauvries pour lesquelles la distanciation sociale est pratiquement impossible.

Le Prix Carmignac offre à des voix congolaises une tribune pour contribuer à la conversation mondiale. Cette pandémie est déjà en train de confronter les nations les plus pauvres du monde au plus grand défi économique depuis des décennies. Près de la moitié des emplois en Afrique pourraient être perdus, selon l’ONU, et les citoyens vivant sous des régimes faibles ou répressifs courent le risque majeur d’être exclus de la course mondiale aux médicaments et aux respirateurs. Un autre virus – celui de la rougeole – ravage déjà la RDC. Depuis janvier 2019, plus de 6 500 enfants en sont morts et 335 000 autres ont été infectés, selon les dernières données de l’OMS. Le tout dans un pays toujours en guerre avec lui-même, où des dizaines de groupes armés s’affrontent régulièrement dans les provinces de l’Est et où, ces derniers mois, d’obscures milices ont massacré des centaines de civils.

La RDC a cependant un avantage. Ayant affronté ces dix-huit derniers mois l’une des pires épidémies d’Ebola, avec 3 453 cas et 2 273 morts, le pays a des outils pour répondre à une nouvelle flambée virale. Cette crise montre que les responsables congolais suivent de près les recommandations de l’OMS et une réponse rapide est cruciale pour endiguer le virus.

Le 24 mars, le président Félix Tshisekedi a déclaré l’état d’urgence nationale et fermé les frontières pour limiter les infections. Déjà habitué aux mesures de prévention contre les infections virales, le pays a maintenu des pratiques essentielles d’hygiène publique : contrôle généralisé de la température, mise en place de stations de lavage des mains aux points d’entrée, installation de lavabos dans les lieux publics (marchés, centres de santé, etc.), distribution de savons et de produits détergents, et une campagne de sensibilisation aux risques de contamination à base d’affiches, de dépliants, de spots radio et via les réseaux communautaires.

La majeure partie du pays est confinée, mais des millions de Congolais dépendent de l’économie informelle et vivent en marge, avec peu ou pas de protection sociale. Vendeurs de rue, commerçants et conducteurs de motos taxis survivent au jour le jour et disposent rarement de biens ou d’épargne. Beaucoup n’ont ni eau courante ni électricité, que le gouvernement a pourtant promis de fournir pendant la pandémie. Et le principe de distanciation sociale est encore impossible à respecter alors que beaucoup de Congolais vivent dans des chambres ou des quartiers surpeuplés.

Avec un réseau de journalistes et contributeurs travaillant dans le respect de l’éthique et des standards journalistiques professionnels, le projet « Congo en conversation » du Prix Carmignac a pour vocation de documenter les atteintes aux droits humains et à l’environnement en offrant des analyses inédites, des instantanés de la vie et des luttes quotidiennes dans cet immense pays au moment où il affronte une crise sanitaire sans précédent.

À propos de Finbarr O’Reilly
Finbarr O’Reilly, photographe indépendant et journaliste multimédia, est l’auteur d’un récit de souvenirs paru chez Penguin Random House en 2017, Shooting Ghosts, A U.S. Marine, a Combat Photographer, and Their Journey Back from War (La chasse aux fantômes, retour du front d’un Marine et d’un photographe de guerre). Choisi pour réaliser les images de l’exposition « Crossroads Ethiopia » autour du prix Nobel de la paix 2019 Abiy Ahmed Ali, il est fréquemment publié dans le New York Times et son travail lui a valu de nombreuses récompenses professionnelles, dont le premier prix dans la catégorie Portraits au World Press Photo Awards en 2019. Il a également été lauréat du World Press Photo of the Year en 2006. Finbarr O’Reilly a vécu douze ans en Afrique occidentale et centrale et couvert vingt ans de conflits en République démocratique du Congo, au Tchad, au Soudan, en Afghanistan, en Libye et à Gaza.

Titulaire de bourses des universités de Harvard, Yale et Columbia, il est administrateur d’ACOS Alliance, regroupement d’organisations de presse dédié à la protection des journalistes indépendants et locaux dans le monde. Il retourne régulièrement en RDC et au Rwanda, où il a habité entre 2001 et 2004. En 2019, il a passé des mois à documenter de l’intérieur la deuxième plus grande épidémie d’Ebola et à réaliser Ebola in Congo pour la chaîne PBS. Le documentaire montre des agents de santé risquant leur vie pour combattre le virus dans une région dévastée par des décennies de conflits. Finbarr O’Reilly, installé à Dublin, est l’un des grands témoins de Under Fire: Journalists in Combat (Sous le feu: des journalistes au combat), documentaire sur les dommages psychologiques du reportage de guerre, sélectionné pour les Oscars 2012 et lauréat d’un Peabody Award en 2013.