Intersection : une réflexion sur la migration contemporaine

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14 septembre 2017 à 8 h 40 min  •  Publié dans Expositions, Idées de sorties, Nouvelles photo par  •  0 Commentaires

© Michel Huneault

La Galerie Circuit, à Toronto, présente jusqu’au 30 septembre prochain, Intersection, une exposition solo du photographe montréalais Michel Huneault. Alliant son, vidéo et photographie, l’installation propose une réflexion sur la migration contemporaine et la recherche confuse d’un lieu sûr. 

Pour cette récente série, Huneault a documenté le flot constant de demandeurs d’asile traversant de façon irrégulière des États-Unis vers le Canada par le chemin Roxham à Saint-Bernard-de-Lacolle, à 60 km de Montréal, au Québec. De février à août 2017, il a effectué seize visites de travail au chemin Roxham, documentant l’évolution du phénomène dans un contexte où tant le public que les autorités tentaient de saisir son ampleur et sa signification. Au cours de cette période, il a été témoin de 180 tentatives de passage de demandeurs d’asile provenant de plus d’une vingtaine de pays : Érythrée, Djibouti, Soudan, Syrie, Palestine, République du Congo, Pakistan, Colombie, Turquie, Libye, Yémen, Guatemala, Haïti, El Salvador, Angola, Tchad, Philippines, Nigéria, Burundi, Mauritanie, Zimbabwe et plusieurs autres.

« Intersection a débuté comme la plupart de mes projets, initialement motivé par ma curiosité et par mes intérêts personnels. Dans les dernières années, j’ai pu compléter deux autres projets importants sur les diasporas et la crise migratoire en Europe. Avec Roxham, cet intérêt de longue date me rattrapait à nouveau à la “maison”, et j’ai donc commencé à y consacrer du temps. Quand je débute mes projets ils ont souvent un timing journalistique, mais je ne suis pas vraiment un photojournaliste, du moins pas au sens traditionnel du terme. Je reçois rarement des mandats et ne conceptualise pas mes projets avec les médias en tête. Ce que je pense faire, c’est plutôt de la photographie en contexte d’actualité, tout en questionnant les formes plus classiques de documentation. Puis, ponctuellement et en temps opportun, je propose des extraits pertinents à mes partenaires médiatiques. Le point tournant dans ce projet fut la photographie d’une jeune femme enceinte nigérienne qui s’est figée de peur à deux pas de la frontière, à l’écoute des avertissements légaux des agents de la GRC. Au final, elle n’a pas traversé, et s’est fait embarquer par un agent des services frontaliers américains. J’ai envoyé cette photographie à toute ma liste de clients médias, mais personne ne l’a publiée. C’est alors que le projet est devenu plus clair pour moi, quand j’ai compris toute la complexité et la tension que je voulais documenter. » – Michel Huneault

Les discours publics de chaque côté de la frontière – même à travers le monde et à tous les niveaux – se sont emparés du phénomène, voire s’y sont heurtés, imprégnés d’un idéalisme éloquent, mais aussi d’un racisme assumé. Aux États-Unis et au Canada, les politiques gouvernementales, leurs réalités pratiques, la rhétorique et les images se sont ici définies et défiées, alors que des individus craintifs et désespérés continuaient de traverser la ligne invisible.

Ce moment où, sur le bas-côté d’une route poussiéreuse, des individus prennent une décision fondamentale sur ce que signifie pour eux la liberté – lorsqu’ils préfèrent être mis en état d’arrestation dans un pays plutôt que de rester « libres » dans un autre – est un moment profondément politique et public. Cet instant braque les projecteurs tant sur les identités et les valeurs des pays que sur celles des individus. Mais c’est aussi un moment de grand bouleversement personnel, un plongeon dans le vide. Un moment intensément privé. En superposant aux silhouettes des demandeurs d’asile divers tissus photographiés pendant la crise des migrants européenne en 2015 – des couvertures reçues pour rester au chaud, des dons de vêtements, des tentes offertes en abri temporaire –, Huneault respecte cette intimité et dirige notre attention sur la signification de cette traversée, sur son contexte global et humanitaire.

« J’espère qu’Intersection contribuera à une réflexion plus large sur le contexte des principes humanitaires et des flots migratoires, sur les raisons qui poussent les gens à quitter leur pays, sur ce qu’ils recherchent dans leur quête et les obstacles auxquels ils se buteront, sur notre responsabilité collective envers eux. » – Michel Huneault

Cette exposition fera aussi l’objet d’une œuvre interactive en réalité virtuelle produite par l’Office national du film du Canada (ONF) et publiée à l’automne 2017. Pour accéder au contenu primé de l’ONF, visitez http://onf.ca/interactif

Michel Huneault est un photographe documentaire basé à Montréal, au Canada. Avant de se dédier à la photographie et aux arts visuels en 2008, il a travaillé plus d’une dizaine d’années en développement international, une carrière qui l’a mené dans une vingtaine de pays, dont une année entière en Afghanistan, à Kandahar. Il détient un M.A. en Études latino-américaines de l’Université de Californie à Berkeley où il fut un Rotary World Peace Fellow, étudiant le rôle de la mémoire collective à la suite d’un traumatisme de grande ampleur. À Berkeley, il a également été l’élève et l’assistant-professeur du photographe Gilles Peress, membre de l’agence Magnum, puis son apprenti à New York. Aujourd’hui, sa pratique se concentre sur les problématiques liées au développement, aux traumatismes, à la migration et autres géographies complexes. Son travail de longue haleine sur la tragédie de Lac-Mégantic – mêlant photographies, vidéos et témoignages audio – a remporté en 2015 le prix Dorothea Lange-Paul Taylor du Center for Documentary Studies de l’Université de Duke, aux États-Unis. Début 2016, il a également reçu le R. James Travers Foreign Corresponding Fellowship pour poursuivre son travail sur les enjeux migratoires. Mi-2016, le projet Post Tohoku a été mis en nomination sélectionné nominé pour le Prix Pictet 7 et a été récompensé d’un Prix Antoine-Desilets.

© Michel Huneault

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