Jinyoung Kim, lauréate du prix Lynne-Cohen 2019

21 novembre 2019 à 12 h 12 min  •  Publié dans Nouvelles photo, Prix et concours par

© Jinyoung Kim

La Succession Lynne Cohen, en collaboration avec le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) et sa Fondation, a décerné le prix Lynne-Cohen à Jinyoung Kim. Remis tous les deux ans, ce prix vise à soutenir la pratique d’artistes professionnels québécois de la relève en arts visuels, qui accorde une place centrale à la photographie. La lauréate 2019 recevra une bourse de 10 000 $. Également, afin de mettre son travail en lumière, un portrait vidéo, produit et réalisé par le MNBAQ, sera diffusé sur toutes les plateformes du Musée.

Le jury du prix Lynne-Cohen 2019
L’étude des candidatures s’est faite sur la base de propositions soumises par un jury réuni par Eve-Lyne Beaudry, conservatrice de l’art contemporain au MNBAQ, et composé de Georges Azzaria, directeur de l’École d’art de l’Université Laval; Ève Cadieux, artiste en arts visuels, commissaire d’expositions et enseignante en histoire de l’art et en arts visuels; France Choinière, directrice de Dazibao, centre de diffusion des pratiques actuelles de l’image, ainsi que Diane Charbonneau, ancienne conservatrice des arts décoratifs modernes et contemporains et de la photographie au Musée des beaux-arts de Montréal, membre régulière de jurys en design, en métiers d’art et en photographie. Chaque juré a proposé le nom d’un artiste de la relève dont la carrière s’étale sur une période maximale de dix ans. C’est donc à partir d’une liste constituée de quatre artistes que Jinyoung Kim fut élue lauréate, à l’unanimité. Les photographes nominés de cette deuxième édition étaient Anne-Renée Hotte, Yoanis Menge et Anne-Marie Proulx.

Les membres du jury ont été impressionnés par le talent de Jinyoung Kim, qui révèle à la fois une grande rigueur et une profonde sensibilité. C’est une pratique fondamentalement photographique, dans la mesure où elle exprime un ardent désir de documenter, de créer une certaine archéologie du regard. Bien que la majorité de ses images soit dénuée de personnage, c’est essentiellement de la nature humaine que nous entretient son œuvre.

Jinyoung Kim © Mathieu Bouchard-Malo

Jinyoung Kim, une démarche singulière
Née en Corée du Sud, Jinyoung Kim a grandi au Canada. Témoignant de sa nécessité de s’enraciner en deux endroits, son œuvre porte sur le rapport entre sentiment d’appartenance et identité, sujet qu’elle explore par le biais de sa propre histoire et de celle des autres. Ses recherches actuelles se concentrent plus particulièrement sur le discours du « lieu » et sur la manière dont l’absence d’individus et la présence d’un lieu influent sur la perception de soi. Ses photographies et ses vidéos mélangent documentaire et fiction pour livrer des récits métaphoriques qui traitent de questions d’identité, de sentiment d’appartenance et de relation entre le lieu et soi.

C’est avec la série Objects on the Rooftop (2014) que Jinyoung Kim commence un important corpus qui examine la « maison » en tant qu’entité conceptuelle et lieu de mémoire. Cherchant à mieux comprendre l’attachement de chacun à ses origines, l’artiste explore la notion de « chez-soi ». Alors que les objets racontent le passé, leur matérialité s’inscrit dans le présent et offre une métaphore toute personnelle de construction de l’identité.

S’ensuit Jugong Apartment, une série que l’artiste a amorcée à l’été 2016 en Corée du Sud, après qu’elle a appris que le quartier de son enfance allait être rasé pour faire place à des bâtiments plus modernes. Les images saisies par l’artiste révèlent des zones à l’abandon et d’autres qui se vident lentement. Dépouillés de toute présence humaine, les lieux apparaissent soudainement hostiles et bien loin du rêve que beaucoup partageaient, dans les années 1970, d’acquérir un appartement à Jugong, en périphérie de Séoul. En cinq ou six ans, plus de 30 000 personnes seront évacuées et 120 bâtiments démolis, pour réaliser, cette fois-ci, le rêve du condo de luxe.

Depuis 2016, Jinyoung Kim poursuit la recherche entreprise avec Jugong Apartment en s’investissant dans Apparitions of Collective Disposition. De retour en banlieue de Séoul, l’artiste s’intéresse à un certain protocole de disparition des lieux : les habitants désertent, les ordures traînent, les animaux errants s’installent, ensuite les arbres, les terrains de jeux, les bancs et même les rues disparaissent un à un jusqu’à la démolition des bâtiments. Jinyoung Kim documente ce processus et la détérioration du souvenir qu’il génère.

Jinyoung Kim, en bref
Jinyoung Kim est titulaire d’un baccalauréat en beaux-arts de l’Université OCAD de Toronto et d’une maîtrise de l’Université Concordia à Montréal, où elle enseigne actuellement la photographie. Elle a exposé son travail lors de Momenta – Biennale de l’image 2017, Volta Bâle 2018, Papier 18 & 19, VENDU–SOLD, et dans diverses galeries au Canada, notamment : Leonard & Bina Ellen Art Gallery (Montréal), VU Photo (Québec), Galerie 101 (Ottawa), Maison de la culture Frontenac (Montréal), Espace Cercle Carré (Montréal) et sur la scène internationale au Focus Photography Festival de Mumbai (Inde). Jinyoung Kim a été finaliste pour le prix Pierre-Ayot 2019 et finaliste pour le prix Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain en 2014. Elle a également reçu la bourse de la Fondation Roloff Beny en photographie. Les magazines ESSE et Vie des arts, les quotidiens La Presse et Le Devoir lui ont consacré bon nombre d’articles. Ses œuvres sont présentes dans les collections de la Ville de Montréal, d’Hydro-Québec ainsi que dans de nombreuses collections privées.

Un portrait vidéo de Jinyoung Kim
Pour faire connaître Jinyoung Kim au grand public, le MNBAQ a réalisé une capsule vidéo dans l’atelier de l’artiste à Montréal. Diffusé sur les réseaux sociaux du Musée, à l’occasion de l’annonce de son prix, ce reportage, consacré à la lauréate de la deuxième édition du prix Lynne-Cohen, met en lumière sa démarche artistique et présente une sélection d’œuvres illustrant son parcours des dernières années.

 

© Jinyoung Kim