Le 12e Festival Art Souterrain

© Sébastien Michaud

Événement incontournable de la saison hivernale, le Festival Art Souterrain est de retour pour une 12e édition au cœur de la métropole. Du 29 février au 22 mars, l’art contemporain investira 5 km du réseau piétonnier souterrain de Montréal et six lieux hors-piste pour présenter, pendant 24 jours, des œuvres d’art contemporain d’une soixantaine d’artistes locaux et internationaux autour du thème « RESET ». Les œuvres sélectionnées par les quatre commissaires invitées, Juliette Bibasse (France), Marie Perrault (Canada), Lynn Bannon (Canada) et Dulce Pinzón (Mexique) sont accessibles gratuitement. De plus, le Festival propose plus de 50 activités de médiation et de découvertes artistiques gratuites. Art Souterrain fait toujours une belle place à la photographie dans sa programmation. L’édition 2020 présentera les oeuvres de Sébastien Michaud, Sean Mundy, Ruben Martin de Lucas, Micheline Durocher et des Soeurs Chevalme. À voir également, une installation architecturale de Daniel Corbeil, une série d’œuvres de Skawennati qui occupera toute la galerie marchande du Centre de Commerce Mondial, une projection immersive de Sabrina Ratté et les empreintes d’un herbier radioactif par Anaïs Tondeur.

Préoccupé par les conséquences des perturbations environnementales causées par l’industrialisation et l’urbanisation, Daniel Corbeil présentera une installation monumentale qui simule un habitat « écotechnologique » évoquant par sa forme ovoïde, une serre qui conjugue l’espace d’habitation avec une fonction de production alimentaire. Il reviendra au visiteur de déterminer le caractère utopique ou dystopique de cette écofiction ludique. Sculpteur et photographe, Daniel Corbeil est titulaire d’une maîtrise en arts plastiques de l’université du Québec à Montréal et enseigne les arts plastiques au cégep du Vieux-Montréal. Par son travail, il explore l’idée du simulacre technique comme moyen ludique d’appréhender et de questionner le réel. Cette œuvre sera présentée dans le complexe Guy-Favreau, ou il sera possible d’en visiter l’intérieur sous réservation.

Pour le Festival 2020, l’artiste mohawk Skawennati présente une série d’œuvres de constituée de films appelés machinimas, d’images d’avatars cyberpunks, une collection de vêtements développés dans un environnement numérique et des impressions de motifs calicots futuristes. Ses œuvres investiront l’ensemble de la galerie marchande du Centre de commerce mondial. Interpellée par le caractère passéiste des représentations d’autochtones, ainsi que par leur quasi-absence de récits futuristes, Skawennati imagine des avatars cyberpunks s’immisçant dans l’actualité, revendiquant un avenir pour leurs communautés. Ses projets abordent les notions d’histoire, d’avenir et de changement dans une perspective autochtone.

Dans son art, Sabrina Ratté mélange les technologies analogiques, photographiques et des techniques d’animation 3D. Elle se concentre également sur la création d’architectures, de compositions abstraites ainsi que de paysages surréalistes, entre le virtuel et la réalité physique. L’œuvre qu’elle présentera cette année au festival, « Undream » dépeint un futur imaginaire où l’utopie et la dystopie s’effondrent. Cette œuvre est inspirée par les photomontages de Superstudio, une force majeure dans le mouvement de l’architecture et du design radical de la fin des années 1960. De plus, « Undream » conduit le spectateur à travers un paysage isolé, surplombé par une structure monumentale. Emportés par ce mouvement d’ondulation, les visiteurs sont suspendus dans un territoire impossible et abandonné, entre l’environnement bâti et le monde naturel.

Anaïs Tondeur présente l’œuvre « Tchernobyl Herbarium », composée de 30 rayogrammes créés par l’empreinte directe de spécimens d’un herbier radioactif sur des plaques photosensibles. Les empreintes de ces plantes, qui ont poussé dans les sols de la zone d’exclusion de Tchernobyl, sont capturés par un processus de photogramme, une technique qui rend visible l’effet de l’exposition extrême à la lumière d’une explosion de bombe atomique. Grâce à cette série d’empreintes végétales, l’artiste interroge les cicatrices d’une tragédie, les traces matérielles d’un désastre invisible, des images capturées à la limite du monde visible.

L’artiste photographe Sébastien Michaud présentera « Supermarket Landscape » une série de photographies captées sur une période de quatre ans, un peu partout au Québec. Elles sont, au premier regard, beaucoup plus près du paysage venant d’une autre planète (ou d’un paysage idyllique) que celles que nous aimerions voir après plusieurs jours de marche en pleine nature. Elles sont en fait des photos de bancs de neige qui s’accumulent l’hiver dans les stationnements de centres commerciaux. Face à ces images, le spectateur se retrouve devant une contradiction : le beau paysage est ici le résultat d’un rejet, autant ambiguë que les paysages dits « naturels ». Ces paysages que la société moderne cherche encore à nous promettre mais qui sont, en réalité, bien souvent aménagés et balisés.

© Ruben Martin de Lucas