Le déploiement

1 novembre 2019 à 12 h 38 min  •  Publié dans Expositions, Idées de sorties, Nouvelles photo par

© Emmanuelle Léonard, La sieste, 2019, impression jet d’encre, 0,76 x 1,14 m. Collection Caisse de dépôt et placement du Québec, Montréal

La Galerie de l’UQAM clôt l’année 2019 et entame 2020 avec l’exposition Le déploiement, dévoilant un nouveau corpus photographique et vidéographique de l’artiste montréalaise Emmanuelle Léonard réalisé à l’occasion d’une résidence en Arctique.

Présentée du 1er novembre au 25 janvier prochain, Le déploiement propose un corpus amorcé par Emmanuelle Léonard en 2018 dans le cadre d’une résidence de recherche dans le Grand Nord canadien au sein du Programme d’arts des Forces canadiennes. Poursuivant le travail photographique et vidéographique réalisé depuis quinze ans sur des groupes hiérarchisés issus des systèmes social, judiciaire, militaire et religieux, l’artiste continue de s’intéresser ici aux fonctions d’autorité et aux mécanismes de détournement qu’elles engendrent.

En assistant aux manœuvres des patrouilles d’affirmation de la souveraineté canadienne dans le Haut-Arctique, Emmanuelle Léonard a découvert un ensemble de réalités très diverses : le déploiement militaire stratégique dans cette région du monde où les enjeux nationaux, politiques et économiques se trouvent exacerbés par les effets du réchauffement climatique; l’engagement de jeunes adultes à l’égard des valeurs collectives de l’armée autant que leur mobilisation motivée par une quête personnelle; la contribution des Rangers inuits sans qui l’apprentissage de la survie dans de telles conditions polaires serait vain; la candeur des jeunes soldats devant la beauté des paysages nordiques qu’ils découvrent.

Dans un contexte de tournage extrêmement difficile, Emmanuelle Léonard a filmé les activités des soldats retranchés derrière leurs boucliers contre le froid (vêtements, masques et lunettes), les révélant tantôt fantomatiques et anonymes, tantôt bien réels et personnifiés. Attentive autant aux exercices d’entraînement qui nivellent leur identité qu’aux personnes elles-mêmes et à leur perception du monde en marge du modèle militaire, l’artiste s’est faite le témoin de l’attente et de la passivité relative des soldats face à l’impuissance des moteurs qui refusent de démarrer, devant la troublante nuit nordique qui tarde à tomber ou qui s’éclipse, là où rien d’impressionnant n’est dit, n’est fait, n’est prétendu.

L’exposition propose également deux projets amorcés en Colombie, lesquels offrent une résonnance surprenante avec la réalité des militaires de l’Arctique et tissent des liens entre les hémisphères Nord et Sud. Dans l’un d’eux, des soldats colombiens assurent la sécurité de leur poste d’observation dans la blancheur d’une brume épaisse qui en diminue l’efficacité. Dans l’autre, de jeunes mineurs de la région désertique et isolée de La Guajira s’appliquent à recueillir un sel blanc comme neige dans une chaleur infernale. Neige, brume et sel ouvrent un espace de contraste et de dialogue entre ces images au statut hautement politique qui évoquent l’érosion d’un monde chancelant.

Un catalogue de 120 pages sera publié dans le cadre de l’exposition. L’ouvrage bilingue, en français et en anglais, comprendra une documentation complète au sujet de l’exposition, un essai de Louise Déry, commissaire et directrice de la Galerie de l’UQAM, un essai de Stefanie Hessler, directrice de la Kunsthall Trondheim en Norvège et un portfolio de corpus antérieurs d’Emmanuelle Léonard. Sa parution est prévue à la fin janvier 2020. Différentes activités éducatives sont également prévues dans le cadre de l’exposition.

© Emmanuelle Léonard, Hercule, Winnipeg-Resolute, 2019, impression jet d’encre, 1,01 x 1,52 m. Avec l’aimable permission de l’artiste

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