Les traversées : regard sur la Rencontre photographique du Kamouraska, 9e édition

0 collaboration spéciale de Laurence Belzile & Alexandra Rioux-Richard

Une portion du projet de Sara A. Tremblay, présentée dans le Sentier culturel de Mont-Carmel © Alexandra Rioux-Richard

Les artistes réunis pour cette neuvième édition de la Rencontre photographique du Kamouraska nous présentent leurs perceptions des paysages qu’ils arpentent et explorent. Sous le commissariat de Franck Michel, chacun des artistes propose un projet qui témoigne de leur traversée de ces différents territoires. En parcourant les expositions, notre regard se transporte de lieu en lieu; notamment du paysage kamouraskois, jusqu’aux territoires dévastés du Japon, en passant par les paysages de l’Islande et de l’Amérique centrale. L’événement regroupe neuf expositions extérieures au Kamouraska – il s’agit du parcours photographique Olivier Kamouraska Chrysler – et cinq expositions en salle présentées au Centre d’art de Kamouraska.

En 2015, Baptiste Grison parcourt les lots du rang 12 du canton de Whitworth auparavant concédé aux autochtones par les gouvernements québécois et canadiens. Considérant la pauvreté du sol et l’inaccessibilité à un cours d’eau, les Malécites s’y établiront durant un seul hiver. C’est au sein de ce territoire forestier inhabité que l’artiste produit la série photographique Barricades mystérieuses. L’exposition extérieure nous transporte sur ce territoire qui parait à la fois familier et inaccessible. Un tout autre projet de l’artiste est également présenté dans le parcours photographique. Durant une résidence de création réalisée en mai dernier à Kamouraska, l’artiste arpente la communauté, cherchant à découvrir l’histoire de l’îlot Julien, petit îlot rocheux situé non loin des berges du village. Le résultat de son travail, La Lettre à Julien, est une série réunissant habilement portraits, paysages et écriture.

Sur la ligne des montagnes, une exposition réalisée par l’artiste Sara A. Tremblay, nous permet de nous aventurer avec elle dans la partie québécoise du Sentier international des Appalaches. Cherchant un contact intimiste avec la nature, elle s’aventure, à la marche, à l’extérieur des sentiers touristiques pendant quarante jours, traversant plus de 600 km. Elle nous présente une nouvelle lecture du paysage gaspésien où l’investissement de son corps se mêle aux différentes variations naturelles imposées par son moyen de transport. Malgré l’étroitesse du lieu où son travail est exposé, ses photographies envahissent l’espace avec autant de sensibilité que d’ampleur. C’est sans aucun doute l’exposition où le mode d’installation joue un rôle dominant dans la compréhension des œuvres.

L’exposition Post Tohoku, réalisée par Michel Huneault, est le résultat d’une exploration et de démarches documentaires à Tohoku, au Japon, suite à la tragédie de 2011. Pendant plusieurs semaines, l’artiste y explore les paysages dévastés par la triple catastrophe naturelle, tout en faisant la rencontre de ses habitants. Il y retourne en 2016 pour témoigner de la reconstruction du territoire et pour documenter le passage du temps après ces catastrophes humaines et géographiques. L’artiste réussit sans équivoque à allier l’approche documentaire et sa vision singulière à travers l’exposition.

Chacune des deux expositions de Jessica Auer explore un territoire distinct. January nous propose une traversée du paysage hivernal de l’Islande. Durant une résidence artistique en janvier 2015, l’artiste parcours et découvre les paysages de Seyðisfjörður. En raison du lieu où les photographies sont captées, les contrastes entre la lumière et l’obscurité deviennent un élément majeur dans l’exposition qu’elle nous propose. Un autre projet de Jessica Auer, Chilkoot Portrait, prend part à la Rencontre photographique du Kamouraska. D’abord inspirée par des archives photographiques de la Ruée vers l’or de 1898, Jessica Auer décide d’arpenter la piste Chilkoot tout en y photographiant les voyageurs qu’elle rencontre sur son chemin. Sa série présente un  aperçu de sa propre traversée du paysage, mais également de ceux qui l’entourent durant son périple. L’exposition nous permet de nous aventurer avec elle à travers la dimension sociale qui forme ses expéditions.

Attentif depuis 20 ans aux transformations qui modèlent le territoire d’un boisé sauvage proche du mont Mégantic, Normand Rajotte a constitué au fil du temps un remarquable corpus photographique. Témoignant des changements naturels, des conséquences visuelles sur le paysage de la venue des castors et des variations temporelles, l’artiste produit la série Le Chantier. En favorisant une approche intimiste avec le territoire, l’artiste nous offre, à travers ses œuvres, de courts moments de rencontre avec cette nature qu’il connait si bien.

La contemplation du paysage forme une thématique essentielle de l’exposition Le Sentier informe de Martin Schop. Cette exposition témoigne du lent cheminement de l’artiste sur la Pacific Trail. Il arpente les paysages à l’aide d’un sténopé grand format, un appareil qui nécessite un long temps d’exposition. La lenteur du procédé impose à l’artiste une posture méditative face au paysage qu’il contemple. L’artiste nous transmet un peu de cet état d’esprit à travers son exposition extérieure.

Volcán, une série de Louis Perreault, relate sa traversée du Mexique et de l’Amérique centrale, où il se laisse guider par la mouvance des paysages. L’artiste nous propose des œuvres photographiques où il est impossible de reconnaître la géographie des lieux visités. Le regard de l’artiste s’attarde à la culture qu’il rencontre ainsi qu’au territoire sur lequel elle se déploie.

Exposition Post Tohoku de Michel Huneault © Laurence Belzile

En premier plan, l’œuvre « Sans titre » tiré de la série Le Chantier de Normand Rajotte © Laurence Belzile

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