Multitude, solitude. Les photographies de Dave Heath

16 avril 2019 à 15 h 59 min  •  Publié dans Expositions, Idées de sorties, Nouvelles photo par

Dave Heath, Carl Dean Kipper, Corée, 1953–1954. Épreuve à la gélatine argentique, 17,1 x 24,7 cm. The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City, Missouri. Don de Hallmark Cards, Inc., 2005.27.1427. © Howard Greenberg Gallery et Stephen Bulger Gallery.

Cette exposition de l’Institut canadien de la photographie, présentée au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa jusqu’au 2 septembre, met l’accent sur les créations de Dave Heath sur une vingtaine d’années, entre 1949 et 1969, depuis l’amorce de sa célébrité jusqu’à l’aboutissement de sa démarche en photographie traditionnelle noir et blanc. Pendant cette période, Heath apporte une contribution majeure à la création photographique. Néanmoins,  l’importance de ses réalisations demeure à ce jour sous-estimée. Il est donc temps de redécouvrir une des figures déterminantes de cette période clé de la photographie américaine. Dave Heath a également joué au Canada un rôle essentiel de photographe et de professeur. En 1970, il quitte les États-Unis pour le Canada et enseigne au Ryerson Polytechnical Institute, aujourd’hui la Ryerson University, jusqu’à sa retraite en 1997. Cette exposition présente une sélection de ses meilleures photographies, tout en mettant en relief sa vision du processus créatif. Ces deux éléments réunis offrent aux visiteurs la vision profonde et inhabituelle d’une extraordinaire intelligence visuelle à l’œuvre.

« Tout au long de sa carrière, Dave Heath a commenté de manière créative les forces et les faiblesses de la condition humaine à travers une variété de supports et de formats d’images », a indiqué Andrea Kunard. « Il comprenait le pouvoir de la photographie dans la société contemporaine. Son utilisation compulsive du médium reflète la manière dont l’identité est constamment construite et déconstruite par le goût insatiable de la société pour les images. »

L’exposition présente quelque 180 œuvres qui retracent le long parcours professionnel diversifié de Dave Heath : de ses photographies en noir et blanc, ses maquettes de livres faits à la main, à ses présentations de diapositives multimédias. Parmi les œuvres exposées figure la maquette originale de son livre et œuvre maîtresse A Dialogue with Solitude, assemblé de 1961 à 1963 et publié en 1965. Selon James Borcoman, conservateur émérite et fondateur de la collection de photographies du Musée, il s’agit du livre le plus important jamais réalisé par un photographe dans les années 1960 et qui a exercé une influence sur de nombreux photographes. Beyond the Gates of Eden, 1969, occupe également une place importante au sein de l’exposition.

Répartie en sept sections qui soulignent les périodes phares de l’œuvre de l’artiste, l’exposition réunit notamment de nombreuses images en noir et blanc, dont celles de passants saisies dans les rues de New York, Chicago, Philadelphie et d’autres grandes villes nord-américaines. On y présente aussi des images en couleurs que Dave Heath a réalisées entre 2001 et 2012 à l’aide d’un appareil numérique.

An Epiphany, une projection de diapositives produite par Dave Heath en 1971, est présentée dans l’espace PhotoLab. Elle est accompagnée de trois collages du même titre. Les visiteurs y verront également l’œuvre Songs of Innocence, réalisée en 1981 avec des images Polaroïd, ainsi que quelques-uns de ses journaux de collages prêtés par Bibliothèque et Archives Canada.

À propos de Dave Heath
Dave Heath nait le 27 juin 1931 à Philadelphie. Ses parents l’abandonnent à l’âge de 4 ans, une expérience qui le marque pour le reste de sa vie. Il vit par la suite en foyers d’accueil jusqu’à l’âge de 12 ans, puis dans un orphelinat jusqu’à l’âge de 16 ans. C’est là qu’il découvre la photographie, en voyant un photoreportage sur un jeune garçon orphelin dans le magazine Life.

Dave Heath développe rapidement une passion pour la photographie. Autodidacte, il en apprend les rudiments à travers ses lectures et ses visites dans les musées. En outre, il met au point ses propres techniques de traitement des tirages en chambre noire, résultant en de saisissantes photographies en noir et blanc, empreintes de spontanéité et d’émotions.

Il est mobilisé en 1953 en Corée comme mitrailleur, où il photographie ses compagnons d’armes. Après la guerre, il retourne dans les villes animées pour y photographier les gens, ce qui lui mérite le titre de « photographe de rue ». Dès la jeune vingtaine, il est reconnu comme prodige. Il se mérite une bourse Guggenheim pendant deux années consécutives, ce qui lui permet de sillonner en autocar les États-Unis avec son appareil photo. Durant son voyage, il photographie les visages de passants dans les rues des grandes villes américaines.

Dave Heath s’établit à Toronto en 1970, où il enseigne la photographie à la Ryerson University pendant 27 ans. Il y vit jusqu’à son décès, en 2016, le jour de son 85e anniversaire.

Au fil des décennies, il cherche sans cesse à se renouveler, explorant et ayant recours à divers formats et supports photographiques : collages multimédias, diapositives, diaporamas audiovisuels, caméra à développement instantané, et caméra numérique.

 

Dave Heath, Chicago, 1956. Épreuve à la gélatine argentique, 31,7 x 21,6 cm. The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City, Missouri. Don de la Hall Family Foundation, 2005.37.230. © Howard Greenberg Gallery et Stephen Bulger Gallery.