Oscar G. Rejlander, artiste photographe

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28 novembre 2018 à 19 h 57 min  •  Publié dans Expositions, Idées de sorties, Nouvelles photo par  •  0 Commentaires

Oscar G. Rejlander, Mary Constable et son frère (détail), 1866, épreuve à l’albumine argentique, 16,8 x 22,1 cm. Metropolitan Museum of Art, New York. Collection Gilman, achat, don de Harriette et Noel Levine, 2005 (2005.100.24). Photo © The Metropolitan Museum of Art. Source de l’image : Art Resource, NY

Souvent qualifié de « père de la photographie artistique », Oscar Gustaf Rejlander est connu pour ses photographies combinées, sa collaboration au livre de Charles Darwin et son influence sur le travail de Julia Margaret Cameron et Lewis Carroll. Cette première grande rétrospective présentée jusqu’au 3 février prochain, à l’Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, met en lumière le fruit de récents travaux de recherche et propose une sélection d’oeuvres de Rejlander rassemblées pour la première fois.

« Nombreux sont ceux qui voyaient en Rejlander une sorte d’aberration, dont la seule contribution à la technique photographique aurait été un conte moral victorien excessivement compliqué et quelque peu osé. Sans doute qu’aujourd’hui, avec le passage du temps, nous voyons son apport à l’histoire de la photographie plus clairement. Et sans doute que Rejlander, blagueur impénitent, aura le rire de la fin », commente Lori Pauli, conservatrice de la photographie

Oscar Gustaf Rejlander, père de la photographie
Oscar Gustaf Rejlander (1813-1875) était un artiste de l’époque victorienne dont les innovations – tant dans la production que dans les aspects conceptuels – lui ont valu une place majeure dans l’histoire de la photographie. Étonnamment, sa carrière n’avait encore jamais fait l’objet d’une rétrospective. L’Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada présente en première mondiale la première rétrospective consacrée à la vie et à l’œuvre de ce photographe britannique d’origine suédoise. L’exposition réunit quelque 140 œuvres – photographies, peintures, dessins et estampes – de l’artiste.

Oscar Gustaf Rejlander débute sa carrière en tant que peintre avant de se lancer dans la photographie au début des années 1850. Il est surnommé père de la photographie artistique pour avoir ouvert la voie à la manipulation et l’expérimentation de la photographie telles que l’on connait aujourd’hui. Rejlander a souvent utilisé la technique de la photographie combinée, un procédé consistant à superposer deux négatifs ou plus pour obtenir une nouvelle image unique. L’exposition présente, notamment, deux des quatre versions qui existent encore aujourd’hui de Les deux façons de vivre, ou l’espoir du Repentir, son fameux photomontage réalisé en 1857 à partir de plus de 30 négatifs. Rejlander est également reconnu pour sa collaboration avec le naturaliste Charles Darwin et son influence sur le travail de la photographe britannique Julia Margaret Cameron et celui de l’auteur Lewis Carroll. Leurs portraits sont présentés dans l’exposition aux côtés de ceux d’autres personnalités influentes du 19e siècle, dont le poète Alfred Tennyson.

« Oscar Gustaf Rejlander occupe une place centrale dans l’histoire du médium. Il a été l’un des premiers artistes à montrer comment la photographie pouvait utiliser l’allégorie et le récit au même titre que les arts plus traditionnels que sont la peinture et le dessin », a indiqué le directeur général du Musée, Marc Mayer. « Le Musée des beaux-arts du Canada a commencé à acquérir des photographies de Rejlander il y a plus de 35 ans et nous sommes très heureux d’être en mesure d’offrir au public ce panorama de la production de cet artiste exceptionnel. »

L’exposition s’ouvre sur les œuvres des débuts de Rejlander durant des années en Angleterre de 1839 à 1853. Cette section comprend certaines de ses œuvres non photographiques, dont un dessin à grande échelle, aux côtés de quelques-unes de ses premières photographies de paysages. La seconde section de l’exposition présente plusieurs autoportraits de Rejlander et de son épouse Mary. La troisième section expose des mises en scènes de la vie quotidienne et des séries d’esquisses photographiques que Rejlander a réalisées pour l’usage d’autres artistes. Une section entière est consacrée à l’œuvre Les deux façons de vivre, alors que la dernière section présente certaines des études sur les expressions faciales que Rejlander a réalisées pour Charles Darwin en préparation à son ouvrage The Expression of Emotion in Man and Animals [L’expression des émotions chez l’homme et les animaux], publié en 1872.

« Les photographies de Rejlander sont aujourd’hui d’une grande pertinence pour les artistes qui combinent et recomposent les images, non à partir de négatifs sur verre, mais en recourant à des outils numériques », a souligné la commissaire de l’exposition, Lori Pauli, conservatrice de la photographie à l’Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada. « À travers cette exposition, j’ai cherché à reconsidérer à partir d’une perspective plus large la contribution de Rejlander à l’histoire de la photographie, avant et après la création de son œuvre Les deux façons de vivre. Les photographies de Rejlander témoignent de l’acuité de son regard sur la condition humaine, que ce soit par l’observation amusée de la vie quotidienne, ou par la tendre compassion qui s’exprime dans ses images d’enfants. »

Oscar Rejlander comptait parmi les photographes favoris de la Reine Victoria et du Prince Albert, qui possédaient plusieurs de ses photographies au sein de leur collection. La Royal Collection de Windsor a d’ailleurs prêté certaines de ses œuvres au Musée à l’occasion de cette grande exposition rétrospective. Parmi les autres collections privées et publiques prestigieuses qui ont prêté des œuvres pour enrichir l’exposition se trouvent le MET de New York, le Victoria and Albert Museum de Londres, la National Gallery de Washington, le George Eastman Museum de Rochester, le Harry Ransom Centrer at the University of Texas, Austin, et le Monderna Museet de Stockholm. L’exposition comporte également 14 œuvres de la collection nationale du Musée des beaux-arts du Canada.

PhotoLab 5 : Althea Thauberger
Une autre exposition, PhotoLab 5 : Althea Thauberger, est également présentée dans le PhotoLab, le second espace d’exposition de l’Institut. Réalisée par l’artiste et cinéaste de Vancouver Althea Thauberger, l’installation vidéo à deux canaux coproduite en partenariat avec le Musée d’art contemporain de Montréal, l’Université Concordia et l’Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada, s’inspire des découvertes qu’elle a faites en visitant la division du Service de la photographie de l’Office national du film du Canada, dont les archives font maintenant partie de l’Institut canadien de la photographie. Thauberger incarne dans une interprétation libre Lorraine Monk, chef de production du Service de la photographie de l’ONF de 1960 à 1980, qui a commandé des milliers de photographies pour l’Arbre du peuple d’Expo 67 et autres publications autour du Centenaire. Les photos rassemblées illustrent les aspects de la vie au Canada dans la période d’après-guerre et qui définissent notre histoire nationale, dans de petites communautés autant que lors d’événements majeurs. L’installation vidéo de Thauberger, intitulée L’arbre est dans ses feuilles, interagit avec des photographies issues de ces archives pour former un récit évocateur. Sa bande sonore, d’une durée de 30 minutes, a été composée à partir de textes des poètes Danica Evering, Natasha Kanapé Fontaine, Kama La Mackerel et Chloé Savoie-Bernard. L’exposition, organisée par Andrea Kunard conservatrice associée de l’Institut canadien de la photographie, est présentée jusqu’au 3 février prochain.

Nuit en ville (Pauvre Jo, Sans foyer) © Oscar G. Rejlander

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