Roxham : un récit documentaire immersif

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© Michel Huneault

– Stop ! Si vous faites un pas de plus, vous serez arrêtés.
– Je sais, je suis désolé. Vous devez nous aider ; nous entrons.

Créé par le photographe documentaire et artiste visuel primé Michel Huneault (La longue nuit de Mégantic, Post Tohoku), en collaboration avec Maude Thibodeau, Chantal Dumas et Dpt., le récit documentaire immersif Roxham fera sa première mondiale sous forme d’installation en réalité virtuelle (RV) dans le cadre de l’exposition de 10 œuvres immersives Particules d’existence qui se tiendra au Centre Phi à Montréal du 27 mars au 12 août. Produite par l’ONF, l’œuvre d’une durée d’une quinzaine de minutes est également accessible en ligne partout dans le monde en RV et en 360°, en français et en anglais.

Basé sur 32 histoires vécues et juxtaposant photos et sons captés sur le vif, Roxham montre avec sensibilité le moment charnière que constitue l’interception de demandeurs d’asile au chemin Roxham, au Québec. Ce chemin tranquille est le point d’entrée irrégulière le plus emprunté par les demandeurs d’asile passant des États-Unis au Canada. Il représente un véritable microcosme des crises et des conflits du moment, un mouvement migratoire planétaire qui arrive jusqu’en sol canadien. La technologie permet l’immersion dans cette expérience alliant rigueur documentaire et traitement artistique contemporain, à la frontière de l’intime et du collectif.

Entre février et août 2017, Michel Huneault a passé 16 jours sur le chemin Roxham et a capté plus de 180 tentatives de passage d’individus provenant d’une vingtaine de pays : Érythrée, Soudan, Syrie, Pakistan, Colombie, Turquie, Yémen, Guatemala, Haïti, Salvador, Tchad, Philippines, Nigéria, Burundi, entre autres. Roxham nous place au cœur de l’interception de ces individus par des agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Michel Huneault a photographié ces personnes et enregistré séparément les sons, en témoin privilégié de ce moment charnière. Tout y est, brut et sur le vif : on y entend la porte du taxi à la frontière de l’État de New York, les pas dans la neige, le craquement des branches, les voix des demandeurs d’asile comme des agents de la GRC, leurs échanges, les langues, les hésitations, les changements de ton, la lecture des droits, la confusion.

« À mon premier jour à Roxham, une jeune femme du Nigéria, enceinte, approche avec ses valises. Quand les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) l’avertissent de ne pas traverser la frontière, elle fige les deux pieds enfoncés au milieu du fossé enneigé. Elle hésite et pleure, les suppliant de la laisser entrer au Canada. Les minutes passent, puis un agent américain arrive de l’autre côté de la frontière. Il l’embarque, elle disparaît. C’est la première tentative de passage que je vois, et ça m’ébranle.

Dès ce premier jour, je me demande comment documenter ce moment important sans mettre à risque les demandeurs d’asile, déjà vulnérables. Je décide de recouvrir leurs silhouettes de tissus que j’ai photographiés ailleurs et avant, en 2015, pendant la crise migratoire en Europe : des photos de couvertures captées en Hongrie, de vêtements propres offerts aux migrants en Autriche ou encore des détails de tentes plantées pour eux en Allemagne. Ces tissus protègent leur identité et rappellent que Roxham fait partie de la même grande histoire. » — Michel Huneault

Le récit immersif est divisé en sept chapitres qui décortiquent les moments précédant et suivant le passage vers le Canada et qui forment la trame narrative : Vous ne pouvez pas traverser ici ; Parlez-vous français ? ; Aidez-nous, SVP ; Stop ! Vous êtes au Canada ; Confusion ; Ça va aller ; et Où allons-nous ici ?. La narration est prise en charge par Michel Huneault lui-même, et l’interactivité permet des transitions entre les différents moments du récit.

À propos de Michel Huneault
Établi à Montréal, Michel Huneault est un photographe documentaire et artiste visuel qui s’intéresse au développement, aux traumatismes, à la migration ainsi qu’à d’autres réalités géographiques complexes. En plus de l’image fixe, il recourt dans son travail à des éléments immersifs, avec un parti pris humaniste et intimiste. Avant de se consacrer entièrement à la photographie à partir de 2008, il a travaillé plus d’une dizaine d’années en développement international, une carrière qui l’a mené dans une vingtaine de pays. Il détient une maîtrise (M.A.) en études latino-américaines de l’Université de Californie à Berkeley, où il fut un « Rotary Peace Fellow » se penchant sur le rôle de la mémoire collective à la suite d’un traumatisme de grande ampleur. D’abord à Berkeley puis à New York, il a été élève et assistant du photographe Gilles Peress de l’agence Magnum. Son travail de longue haleine sur la tragédie de Lac-Mégantic a remporté en 2015 le prix Dorothea Lange-Paul Taylor, puis est paru l’année suivante sous le titre La longue nuit de Mégantic chez l’éditeur néerlandais Schilt. En 2016, le R. James Travers Foreign Corresponding Fellowship lui a permis d’approfondir ses recherches sur les enjeux migratoires. La même année, le projet Post Tohoku, sur l’après-tsunami au Japon, a été en nomination pour le prix Pictet 7 et a été récompensé d’un prix Antoine-Desilets. Son travail a notamment été présenté au Japon, aux États-Unis, au Canada et en Suisse.

© Michel Huneault

 

 

 

 

 

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