Sans peur : Profoto. Le A1. Le futur.

0 Par Patrick La Roque

L’un des deux ­fondateurs de ­Profoto, ­Conny Dufgran, quelques minutes avant le lancement officiel. © Patrick La Roque

1er tableau

« Nous vous avons réservé une surprise… » C’est le petit matin à Stockholm et nous sommes rassemblés dans le hall de l’hôtel, plus d’une centaine de photographes et journalistes de tous les coins du monde. Le lieu parle de lui-même : flambant neuf, superbe… vélos et kayaks suspendus au plafond, un livre de William Blake sur une étagère. Aucun détail n’est laissé au hasard. Guy Langevin et moi sommes arrivés hier et nous ressentons encore les effets du décalage après une journée de 36 heures. Épuisés mais excités de ce qui nous attend.

Photo Quest 2017

Nous montons sur un bateau. Le mystère demeure. Personne ne sait où nous allons ni ce qui sera dévoilé. Nous arrivons à un studio surplombant le port et nous rendons dans une salle de présentation improvisée. Il y a un compte à rebours, une diffusion en direct… les lumières ­s’allument et le grand écran ­explose ­d’images. Le voile se lève enfin sur le ­Profoto A1.

© Patrick La Roque

Nouveaux horizons

En 2014, le B1 a bouleversé le paysage de Profoto (et l’ensemble de l’industrie) : un puissant flash de studio autonome qui a ­propulsé le TTL et le HSS dans des territoires réservés ­auparavant au flash cobra. Le A1 promet un raz-de-marée ­similaire à un niveau plus ­intime : le flash sur caméra. Après l’avoir utilisé ­pendant quelques ­semaines, la vision que j’en ai est encore plus large. D’une part, le A1 est un citoyen à part entière dans ­l’écosystème de l’entreprise, ­capable d’agir à la fois comme maître ou esclave lorsqu’il est ­jumelé à d’autres produits de l’écurie Profoto. Mais plus ­important encore, sa ­conception des pieds à la tête brise des ­barrière.

Au cours des cinq dernières ­années, la vision de Profoto en est une de simplicité, que ce soit au niveau de l’expérience utilisateur ou de l’ergonomie de l’interface. Le D2 que j’ai testé l’an passé a procuré cette flexibilité au monde du studio. L’A1 fait maintenant de même pour les petits flashs et, au ­risque ­d’exagérer, je pense devoir l’affirmer : je n’ai jamais utilisé un flash plus simple et mieux conçu. Point à la ligne.

Le système de menu s’étend sur deux écrans ridiculement simples… et rien ne manque, tout est là. La tête ronde se manie de la même façon qu’une bague de zoom, comme sur un objectif. C’est si naturel qu’on se demande pourquoi personne n’y a pensé auparavant. Un ­interrupteur sur le côté ­permet de basculer entre les modes TTL et Manuel. La lumière de mise au point (au DEL) peut aussi être zoomée et est utilisable comme source lumineuse. En gros, on a affaire à un flash avec lequel on se sent immédiatement familier même s’il introduit ­d’importantes ­innovations. Un flash pour lequel vous n’avez pas besoin ­d’aide-mémoire ­(sérieusement, j’ai des versions PDF des ­manuels d’instructions stockés sur mon iPhone pour ­chaque flash que je possède, même ceux que j’ai depuis des années).

Le A1 ne se contente pas ­d’innover au niveau du ­concept et de l’interface : on parle aussi de qualité de lumière et de ­performance. Discours de ­vendeur? Eh bien, ça pourrait… mais non. Cette tête arrondie, surtout lorsqu’elle est ­associée au dôme diffuseur inclus, fait tomber la lumière d’une manière qui n’est normalement ­obtenue qu’avec des ­modificateurs ou un flash beaucoup plus grand. Il est donc possible de ­disperser la ­lumière, ­essentiellement en ­utilisant les contours du flash, de la même manière que nous ­l’aurions fait avec un ­softbox. Ne vous ­méprenez pas : le A1 ­demeure une ­petite source lumineuse et il ne ­remplacera jamais une boîte à lumière octogonale, mais de près — même lorsqu’il est monté sur ­l’appareil (sacrilège pour ­plusieurs d’entre nous) — cette lumière offre de ­nouvelles possibilités. En un mot, il ne s’agit pas de puissance. Là où les autres jouent la carte de l’intensité, le A1 joue celle du modelage de la ­lumière. Il s’agit d’une ­philosophie très différente, une approche qui va au-delà des spécifications techniques pour mettre l’emphase sur la création d’image. Bref, ­est-ce le petit flash le plus puissant disponible? Non, ce n’est pas le cas. Pas en termes de puissance brute. Mais il compte charmer les ­photographes sur d’autres fronts, par exemple, la durée de vie de sa batterie et son temps de ­recyclage.

En gros, on a ­affaire à un flash avec ­lequel on se sent ­immédiatement familier même s’il introduit ­d’importantes ­innovations.

Les photographes Lanny et Erika Mann de Two Mann Studios, que nous avons rencontrés lors de notre séjour ont réussi à faire plus de 7 000 images sur une seule pile lors d’un mariage, sans que le flash ne fléchisse une seule fois. C’est fou, et bien au-delà de ce que l’entreprise promet sur ­papier. Combinez ceci au TTL, au HSS et au déclenchement à distance… et ça devient une ­petite bombe.

Je dois avouer qu’au début, j’étais sceptique, mais à l’utilisation on est séduit. Et la journée Photo Quest est là justement pour nous permettre de l’utiliser.

le PDG de Profoto, Anders Hedebark. © Patrick La Roque

2e tableau

Les participants reçoivent un A1. Chacun se sent comme si c’était son anniversaire. Je vois des photographes ouvrir leur paquet, prendre des égoportraits en rafale et le flash suit la cadence. Ils ­sourient de satisfaction. Trois ateliers thématiques sont prévus au cours de la journée, chacun soulignant une caractéristique du produit.

Mais il y a un but sous-jacent de la part de Profoto : de nombreux photographes présents ­n’utilisent habituellement pas de flash, et c’est un choix intentionnel. Si tout va bien, l’A1 deviendra une passerelle pour accéder aux mystères du contrôle de la lumière. Je vois ­beaucoup d’yeux s’ouvrir au fil des heures qui ­passent… certains ont des ­révélations.

L’historique du ­projet A1. © Patrick La Roque

3e tableau

Le deuxième jour, nous montons dans un autobus et nous nous dirigeons vers le siège social de Profoto. C’est une belle journée : le soleil brille aussi en Suède après tout.

Après une présentation et une période de questions, Guy et moi discutons avec le PDG Anders Hedebark dans la magnifique cafétéria de l’entreprise (avant l’entretien plus formel que nous avions prévu). Je dois m’arrêter un instant — ce n’est ­définitivement pas « l’image ­corporative » que j’avais imaginée.

Nous reprenons la conversation dans son bureau quelques heures plus tard. À un certain moment durant l’entrevue, nous abordons le nouveau mode Portrait du iPhone et de ses effets d’éclairage studio : « Je pense que c’est fantastique! C’est la meilleure chose qui pouvait arriver à notre marché! » dit-il.

Case départ. L’inconnu.

Il y a une fureur dans l’oeil ­d’Anders Hedebark, mais elle n’est pas malveillante : c’est la marque d’un homme passionné. Hedebark travaille avec Profoto depuis plus de vingt ans et, dès qu’il prend la parole, il est évident qu’il est profondément captivé par l’entreprise, sa mission et les gens qui la compose.

« Nous nous chamaillons ­beaucoup sur les détails, mais c’est totalement ouvert. Nous nous battons pour situer nos produits. Qui est notre clientèle? Vous ne pouvez pas faire quelque chose pour tout le monde car dans ce cas vous ne le faites pour personne. »

Dans une industrie de plus en plus compétitive, Profoto est en croissance. La société a progressé de 70 % en Chine l’an dernier, à l’endroit même d’où provient sa concurrence la plus ­agressive. C’est impressionnant, mais aussi réconfortant : ça signifie que le risque, l’innovation et le ­savoir-faire peuvent, en fait, être payants lorsque c’est fait ­correctement.

« Nous nous chamaillons ­beaucoup sur les détails, mais c’est totalement ouvert. Nous nous battons pour situer nos produits. Qui est notre clientèle? Vous ne pouvez pas faire quelque chose pour tout le monde car dans ce cas vous ne le faites pour personne. »

Nous revenons à la récente ­annonce d’Apple, qui pourrait facilement effrayer ­quiconque oeuvrant dans le marché de la photographie, et encore plus dans celui de l’équipement d’éclairage. Mais il reste ­convaincu : « Les gens exigerons toujours une ­meilleure qualité de lumière. Ils seront habitués à un ­nouveau standard. Ils en demanderont donc plus de la part des ­photographes. Au final, ils voudront de meilleures images. » Je lui demande « Est-ce que vous seriez éventuellement ouvert à la virtualisation? ». Il répond: « ­Pourquoi pas? La beauté du changement est que vous ne savez pas ce qui arrivera… l’important n’est pas de la taille d’une entreprise, mais plutôt de demeurer alerte. »

Il existe deux façons de réagir au changement : vous vous cachez ou vous l’embrassez. Nous aimons tous penser que nous adopterons la 2e option, mais ce n’est jamais aussi simple. La changement peut exiger la destruction de ce que nous avions minutieusement construit ou la redirection de notre vision vers des horizons complètement différents. Cela peut aussi signifier retourner à la case départ…

Comme pour chaque ­nouveau produit, il a fallu jongler à ­plusieurs balles pour ­concevoir le A1 : le matériel influence le logiciel, un détail peut en affecter un autre, etc. C’est un ­processus répétitif. Finalement, vous ­arrivez à un point où tout s’aligne ­comme prévu. Mais parfois ça tourne mal. Lors d’une ­discussion avec les ingénieurs, nous ­apprenons comment, après des années de travail, un ­prototype fonctionnel a été produit, qui devait être la « version définitive ». C’était fait. Tout fonctionnait, les éléments étaient en place et l’usine était prête à rouler. Mais la société a découvert une anomalie avec le concept de la tête ronde. Certains côtés étaient trop ­irréguliers. Il a fallut tout recommencer. Les ingénieurs sont retournés à la case départ et ont conçu une tête ­complètement différente… et cette fois ils ont visé juste. Cependant, le processus a ajouté six mois au développement du produit — une éternité à l’heure du numérique. Le changement est difficile, mais il en vaut la peine.

« Nous devons sortir de ­notre zone de confort, » ajoute ­Hedebark. « Vous devez le faire tous les jours. Sinon, vous mourez à petit feu. »

Les flashs ­deviennent des plafonniers dans la cafétéria de ­Profoto. © Patrick La Roque

Géants

À plusieurs reprises depuis notre retour, j’ai remis en question mon impression générale. Ai-je été aspiré dans une sorte de réalité parallèle à la Steve Jobs? Parce que, oui, l’objectivité devient plus difficile une fois que vous avez regardé les gens dans les yeux et ressenti la passion derrière leurs propos. Nous avons rencontré des ingénieurs, des gestionnaires et des gens de marketing à tous les échelons de Profoto. Dans chaque cas, leur amour du travail était palpable. J’aurais pu feindre un détachement avec cet article, mais j’ai choisi de partager mon ­expérience aussi véritablement que possible. Et je ne peux pas nier avoir été impressionné. ­Objectivement impressionné.

Les entreprises sont comme nous, les humains. Un amalgame ­d’entités qui circulent en leur sein. Elles s’élèvent, mûrissent et, très probablement, ­développent des habitudes. ­Éventuellement, l’ordre mondial semble parfaitement équilibré, et tout changement devient une agression, quelque chose à ­combattre dans le but de maintenir le statu quo. Le pouvoir comme un monolithe. Profoto aura cinquante ans en 2018 et, toutes ces années, son nom est demeuré synonyme ­d’équipement d’éclairage haut de gamme très sophistiqué. Pour beaucoup ­d’entre nous, en fait, la marque elle-même est emblématique. Le portrait du fondateur Conny Dufgran par Annie Leibovitz, ­suspendu dans un corridor, ­témoigne de ce fait. La marque possède une aura que nous associons ­traditionnellement à une certaine rigidité… au conservatisme même. Telle est la vie, habituellement.

Je suis donc venu en Suède en pensant faire face à un ­monument immuable de l’histoire de la ­photographie. Un géant. J’ai plutôt découvert une bande de pirates : les yeux ouverts, prêts à s’emparer de tout ce que le futur leur réserve. Une géant derrière qui se tient des mercenaires. Fiers, enthousiastes et sans peur.

Caractéristiques principales

  • Tête ronde avec dégradé subtil et naturel
  • AirTTL et HSS pour obtenir rapidement une belle image de qualité professionnelle
  • Monture magnétique simple pour les Light Shaping Tools A1
  • 5 Light Shaping Tools A1 dédiés disponibles
  • Lampe pilote LED intégrée à la tête
  • Air Remote intégré
  • Batterie Li-Ion rechargeable et remplaçable
  • Temps de recyclage de 1,2 s
  • Commutateur TTL/MAN
  • Zoom motorisé intégré avec contrôle manuel
  • Assistance autofocus (AF)
  • Écran large haute résolution
  • Prise en charge pour Canon, Nikon et plus tard pour Sony
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