Soulèvements : émotions collectives, désordres sociaux et agitations politiques

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Mario Jean, Sans titre [Manifestation étudiante, 4 avril 2012, Montréal], 2012. Avec l’aimable autorisation de
l’artiste © Mario Jean

La Galerie de l’UQAM et la Cinémathèque québécoise accueillent jusqu’au 24 novembre Soulèvements, une imposante exposition sous le commissariat du réputé historien de l’art et philosophe Georges Didi-Huberman. D’abord présentée au Jeu de Paume à Paris, l’exposition fait un ultime arrêt à Montréal cet automne, après une tournée qui l’a amenée à Barcelone, Buenos Aires, São Paulo et Mexico.

Alain Chagnon, C’est à la femme de décider [Manifestation d’appui au Docteur Morgentaler], 1974. Collection de l’artiste © Alain Chagnon

Soulèvements est une exposition transdisciplinaire sur le thème des émotions collectives, des événements politiques en tant qu’ils supposent des mouvements de foules en lutte : il sera donc question de désordres sociaux, d’agitations politiques, d’insoumissions, d’insurrections, de révoltes, de révolutions, de vacarmes, d’émeutes, de bouleversements en tous genres. Afin d’ancrer le projet dans le contexte historique et politique canadien, la version montréalaise de l’exposition sera bonifiée d’archives, de photos de presse et d’œuvres contemporaines d’artistes québécois et canadiens.

« Ce qui nous soulève? Ce sont des forces : psychiques, corporelles, sociales. Par elles nous transformons l’immobilité en mouvement, l’accablement en énergie, la soumission en révolte, le renoncement en joie expansive. Les soulèvements adviennent comme des gestes : les bras se lèvent, les cœurs battent plus fort, les corps se déplient, les bouches se délient. Les soulèvements ne vont jamais sans des pensées, qui souvent deviennent des phrases : on réfléchit, on s’exprime, on discute, on chante, on griffonne un message, on compose une affiche, on distribue un tract, on écrit un ouvrage de résistance.

Ce sont aussi des formes grâce auxquelles tout cela va pouvoir apparaitre, se rendre visible dans l’espace public. Ce sont donc des images, auxquelles cette exposition est consacrée. Images de tous temps, depuis Goya jusqu’à aujourd’hui, et de toutes natures: peintures, dessins ou sculptures, films ou photographies, vidéos, installations, documents…

Elles dialogueront par-delà les différences d’époques. Elles seront présentées selon un récit où vont se succéder : des éléments déchainés, quand l’énergie du refus soulève l’espace tout entier; des gestes intenses, quand les corps savent dire « non! »; des mots exclamés, quand la parole « s’insoumet » et porte plainte au tribunal de l’histoire; des conflits embrasés, quand se dressent les barricades et que la violence devient inévitable; enfin des désirs indestructibles, quand la puissance des soulèvements parvient à survivre au-delà de leur répression ou de leur disparition.

De toutes les façons, chaque fois qu’un mur se dresse, il y aura toujours des « soulevés » pour « faire le mur », c’est-à-dire pour traverser les frontières. Ne serait-ce qu’en imaginant. Comme si inventer des images contribuait – ici modestement, là puissamment – à réinventer nos espoirs politiques. »

— Georges Didi-Huberman, commissaire

 

Suzy Lake, Pre-Resolution: Using the Ordinances at Hand #11, 1983, épreuve à développement chromogène, huile,
peinture, bois. Collection Shanita Kachan et Gerald Sheff © Suzy Lake

ACTIVITÉS PUBLIQUES (sélection)
Sous le label L’art soulève, la Galerie de l’UQAM propose un ensemble d’activités publiques qui visent à approfondir les questions activées par Soulèvements. Cette série poursuit l’ancrage interdisciplinaire de l’exposition en faisant intervenir des personnes issues de divers champs de la pensée.

Colloque Soulèvements : entre mémoires et désirs
Vendredi 7 septembre 2018, 9h – 18 h
Salle Marie-Gérin-Lajoie, Pavillon Judith-Jasmin, UQAM
En français, avec traduction simultanée en Langue des signes québécoise (LSQ)

Conférence inaugurale de Georges Didi-Huberman, 10 h – 12 h

Participant.e.s : Nicole Brossard, Katrie Chagnon, Philippe Despois, Dalie Giroux, Jean-François Hamel, Ginette Michaud, Tamara Vukov

Première d’une série d’activités publiques organisées dans le cadre de la présentation montréalaise de Soulèvements, ce colloque propose de repartir de la question formulée par Georges Didi-Huberman dans l’introduction du catalogue de l’exposition, à savoir : « comment les images puisent-elles si souvent dans nos mémoires pour donner forme à nos désirs d’émancipation? Et comment une dimension “poétique” parvient-elle à se constituer au creux même des gestes de soulèvement et comme geste de soulèvement? » Cette dialectique entre mémoires et désirs, que Didi-Huberman conçoit selon une distinction entre pouvoir et puissance politique, permet d’approfondir les enjeux théoriques qui sous-tendent son projet tout en situant la problématique des soulèvements dans le contexte historico-politique canadien et québécois.

Présentation d’artistes : Taysir Batniji, Dominique Blain, Gabor Szilasi
Mercredi 26 septembre 2018, 17 h 30 – 19 h
Galerie de l’UQAM

Présentation d’artistes : Enrique Ramírez, Étienne Tremblay-Tardif
Mercredi 3 octobre 2018, 17 h 30 – 19 h
Galerie de l’UQAM
En français

Journée d’étude Des voix qui s’élèvent
Jeudi 8 novembre 2018, 9 h – 17 h
Salle D-R200, Pavillon Athanase-David, UQAM
En français, avec traduction simultanée en Langue des signes québécoise (LSQ)
Organisée par le Département d’histoire de l’art, UQAM
Comité organisateur : Marie Fraser, Annie Gérin, Dominic Hardy, Vincent Lavoie, Edith-Anne Pageot et Thérèse St-Gelais.

Des voix qui s’élèvent est une journée d’étude transdisciplinaire rassemblant des recherches et des créations sous le thème de la prise de parole, ainsi que des témoignages d’artistes, des militantes et militants dont les œuvres et les actions provoquent soulèvements et revirements sociaux. Les présentations prendront la forme de conférences, de tables rondes et de performances, et toucheront à une multitude d’enjeux incluant les oppressions, la marginalisation sociale, les exclusions de l’histoire et les blessures mémorielles.

Blaire Russell, Idle No More [Manifestation Idle No More, Blood Reserve, Alberta], 2012. Collection de l’artiste ©
Blaire Russell

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