Tout ceci est impossible

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5 décembre 2018 à 14 h 30 min  •  Publié dans Expositions, Nouvelles photo par  •  0 Commentaires

© Bertrand Carrière

La Cinémathèque québécoise présente une exposition du photographe Bertrand Carrière jusqu’au 3 février prochain. De son expérience de photographe de plateau (Témoin de l’ombre, 1981-2001), Bertrand Carrière a développé une relation étroite avec le cinéma. Plusieurs explorations en ont découlé, dont les Images-temps réalisées entre 1997 et 2000. Tout ceci est impossible s’inscrit dans la continuité de ce travail et a été réalisé lors d’une résidence à la Cinémathèque.

« Depuis le début des années 80, mes recherches photographiques se sont développées autour de deux axes principaux. D’abord une voie documentaire où je me suis intéressé à la mémoire et à l’histoire des lieux, aux territoires, aux paysages vastes et intimes. De ces recherches sont advenues des images qui ont tentées de donner une parole aux choses muettes, à ce qui tendait à disparaitre. Retenons ici les séries Dieppe (2004) et Lieux Mêmes (2009) réalisées en France et la série Après Strand (2010) réalisée en Gaspésie.

Puis, il a l’autre approche, plus intime, caractérisée par une pratique quotidienne, une disponibilité du regard aux irrégularités du visible et une attention aux signes rétifs. Dans ce volet de mon travail, je me suis intéressé aux connotations flottantes et poétiques, au fait que mes images sont l’incarnation d’un monde intérieur. J’y ai exploré librement le réel à la recherche de ses résonances autobiographiques. On retiendra ici les séries Carnet d’absences (1983-84), Signes de Jour (1996-2001) et Le Capteur (2006-2018).

Dans les deux cas, mes travaux témoignent de mon attachement profond à l’image fixe et au pouvoir de transformation de la photographie, à sa capacité à cristalliser l’instant. Que ce soit sur les murs, dans les pages des livres ou dans l’espace publique, mon travail se déploie encore et toujours en séries, explorant la narration qui naît et se développent par l’accointances entre les images.

Avec le cinéma, j’entretiens des rapports à multiples niveaux. D’abord celui de l’observateur. Comme photographe de tournages (Témoin de l’ombre), je regarde le cinéma en train de se faire dans l’ombre des plateaux. Puis, en questionnant l’héritage photographique du cinéma, j’utilise la caméra cinématographique pour en détourner l’usage, explorer le temps de prise de vue et les rapports entre fixité et mouvement (Les Images~Temps). Finalement, j’aborde le cinéma lui-même comme expérience documentaire, avec son pouvoir de pénétrer l’instant avec ses séquences et ses couches sonores. Le cinéma est devenu une extension de mon expérience photographique.

Je poursuis le chemin d’une longue tradition qui utilise les moyens descriptifs de la photographie et son approche de l’instantané pour intégrer l’intuition dans le processus créatif qu’est de trouver des images dans le réel. Grâce à un travail de sélection et de construction de récits, les processus narratifs que je déploie leur assignent des sens nouveaux afin que ces images deviennent des objets visuels doués de leur force particulière. Ainsi, l’imprévisible enrichi le contenu de mon travail tout autant qu’il dynamise mon processus. Trouver des lieux, des objets, des gens, des situations et leur prêter un sens, les laisser transcender ce qu’elles décrivent pour devenir des objets visuels autonomes et leur permettre de devenir des fictions à partir du réel, voilà le travail que je poursuis. Plus qu’un moyen d’expression, la photographie est devenue pour moi un lieu de résistance à la prolifération des images, une position pour interroger le monde, à travers l’image. » — Bertrand Carrière

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